Langue française

  • L'epingle du jeu

    Jean Forton

    « L'imaginaire », aujourd'hui dirigée par Yvon Girard, est une collection de réimpressions de documents et de textes littéraires, tantôt oeuvres oubliées, marginales ou expérimentales d'auteurs reconnus, tantôt oeuvres estimées par le passé mais que le goût du jour a quelque peu éclipsées.

  • Dans une grande ville de province des années 50, des fillettes à peine nubiles disparaissent. Quatre adolescents, dont une fille, vont s'approcher au plus près du mystère, découvrant le monde des adultes et ses secrets.En pénétrant à leurs risques et périls dans la chambre du mystère, ils deviennent en réalité captifs à leur tour des petits arrangements avec le quotidien, de la médiocrité qui régit les relations sociales, du vide derrière les belles façades. Cette métamorphose, le « grand mal », est un mouvement puissant auquel nul ne peut échapper et dont les enfants, à l'âge crucial, sont autant les victimes que les complices. La haine, l'impuissance, la lâcheté, la violence, les bas instincts, et la cruauté les guettent, ce grand mal qui, tôt ou tard, consiste à devenir adulte.

  • L'enfant roi

    Jean Forton

    Ils sont trois, que soudent le dégoût, l'attachement et la routine. Daniel ; sa Maman, qui le berce jusqu'au vomissement ; à l'écart, le père tente gauchement d'arracher son fils au papier de soie poisseux des caresses maternelles. Prisonnier d'un château de sable mouvant, Daniel tente de s'éjecter en peignant.

  • La cendre aux yeux

    Jean Forton

    La Cendre aux yeux, du Bordelais Jean Forton (1930-1982), fait figure, au sein des neuf romans que signa cette plume amère, avide de sonder où cela saigne et suppure, de bijou noir, de crime parfait. On est vite peu sérieux quand on n'a rien à faire. Alors on baguenaude, on se noie dans son nombril, on tient un journal, on empile, comme dessous de bock, des liaisons tous azimuts. Telle est la situation du héros de Forton : rentier trentenaire, vivant de puiser avec dédain dans la caisse de son frère négociant, de sortir la nuit, d'assister au tumulte amoureux de Nicolas et Anita, ses voisins de chambre, de se tâter sans fin entre bonheur moyen et petites infamies. Mais disperser son énergie à jouer les toupies qui, bien que frôlant souvent le bord de la table, se cognent à tout sans aller nulle part, cela n'a qu'un temps. Notre homme se cherche une prise. Il trouve une proie : Isabelle, seize ans, digne petite bourgeoise, s'ennuyant et bien nattée, qu'il entreprend de séduire. Déployant alors à l'entour de la belle une danse de faune triste et assidue, il parvient à ses fins, fait d'Isabelle une amante compétente et amoureuse. Sans angoisse de la grâce ni souci du péché, un mélange de libertinage amer et de frilosité goguenarde. Tel est ce héros qui aurait choisi La Rochefoucauld plutôt que Pascal. Il fallait oser. Forton l'a fait.
    P.-S. : Dans sa postface, Catherine Rabier-Darnaudet étudie la réception de ce livre paru pour la première fois en 1957 aux éditions Gallimard.

  • Quelque chose d'acéré et de morbide mine et lacère le monde de Forton, un mal que l'on retrouve dans ce roman inédit. Éclatant roman qui trace le portrait d'une jeune homme, Lajus, d'une famille petite-bourgeoise, et d'une ville, d'une humanité qui se découvre dans la langue puissante et majestueuse du romancier bordelais. Roman d'apprentissage provincial et jeu de massacre sans concession où le désir de révolte s'écrase contre le quotidien, la pesanteur d'être comme moucheron sur la vitre.  Alors, Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud (René Char), dont acte.

  • Lancé jeune dans le monde littéraire avec sa revue La Boîte à clous, Jean Forton ne rêve que de roman. Son premier texte est oublié chez Pierre Seghers sous le titre Le terrain vague. Nous sommes en 1951 et le futur auteur de L'épingle du jeu a 21 ans.
    Avec ce petit livre inscrit dans une collection qui découvre les nouveaux talents, Forton aborde déjà les thèmes majeurs de son univers, comme s'il s'agissait d'un manifeste, d'une déclaration d'où surgissent les motifs de l'oeuvre à venir. Le jeune héros, Marc Frouville, amoureux "des portes fermées et des arbres déchus", est habité par "la science de voir et de jouir soi-même", et tenté par la fuite. Secoué par "une vie émotive trop intense", il s'enivre au rêve d'une vie d'aventure dont nous allons voir la premier épisode.
    Un beau début.

  • Les sables mouvants

    Jean Forton

    Lui, c'est dad, daddy, l'exquis pater familias profilé pour la tendresse et l'autorité, il drive sans effort une famille lourde d'une épouse, d'un fils et d'une fille, petit capital humain qu'il emmagasine, au temps des vacances, dans de robustes conduites intérieures.
    Le jour, il virevolte dans l'espace de sa pharmacie où s'affaire avec célérité sa compétence préparatrice, henriette, dans laquelle, entre l'heure de la reprise et un plat de lentilles, il aime à s'enchâsser fugacement. confit dans un petit bonheur moelleux et préservé, il égrène sa petite vie de vivant, nappée de confort, persillée de petites brouilles, réglée comme une pendule. tout cela aurait pu durer, durer, mais.

  • Sainte famille

    Forton/Jean

    Chez les Malinier, on ne badine pas avec la respectabilité. Voilà une belle famille bourgeoise, dans une ville de province : un père négociant, trois enfants promis à un bel avenir et une mère légèrement bigote, juste ce qu'il faut pour affirmer sa position sociale. Pourtant, derrière la façade, l'explosion est proche, il ne manque qu'une petite étincelle. L'arrivée d'un séduisant tartufe au coeur de cette sainte famille servira de détonateur et la débâcle sera à la hauteur de son cynisme.

  • Pour passer le temps

    Forton/Jean

    Pour passer le temps est le titre d'une des douze nouvelles inédites de ce recueil, douze courts moments d'existence que jean forton imagine, sans arrière-pensées, sans songer à une quelconque publication, juste.
    Pour passer le temps. et le romancier devenu nouvelliste prend un incontestable plaisir à ce petit jeu, à jongler avec les situations cocasses et improbables, comme dans cette nouvelle où un homme, pour échapper à sa mégère, grimpe dans un poirier et refuse obstinément d'en descendre, ou dans cette autre où deux jeunes enfants jouent innocemment à la poupée avec la dépouille d'un porcelet. avec le même bonheur, il se fait touchant en nous contant dans un récit plein d'humanité l'attente, dans un couloir d'hôpital, d'un vieil homme dont la femme se fait opérer.
    Mais surtout, comme l'écrit david vincent dans son avant-propos, il sait mettre à jour cette cruauté précise et parfois amusée dont il s'est fait l'illustrateur, cette amertume qui nous laisse juge de nos petitesses. d'une liberté de ton inhabituelle chez jean forton, ces textes possèdent un charme incontestable qui nous fait oublier un instant que le temps passe.

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