Robert Laffont

  • L'écriture, sa place, son emprise sur nos vies : le nouveau Blondel rend un hommage très personnel à la littérature, cette étrange et irremplaçable life-supporting machine.
    La langue française n'a pas d'équivalent pour cette belle expression anglaise, et pourtant pour beaucoup la littérature est bel et bien un refuge, qui permet de rester en vie. À travers l'histoire de Hugo et de Jean, ce sont ces gens là que raconte le septième roman de Jean-Philippe Blondel. Pour la première fois, ce romancier qui est avant tout un grand lecteur nous entraîne à sa suite sur un thème qui lui est crucial : que se passe-t-il si l'écriture nous quitte ?

    Entre Paris et Londres, des années 1970 à nos jours, la rencontre aussi inattendue qu'attachante d'un lecteur adolescent et d'un écrivain oublié.
    Hugo, jeune provincial affamé de fiction, débarque à Paris pour y suivre des études de lettres. Jean, son logeur, peu aimable, peu loquace, a toutes les apparences du personnage tristement passe-muraille. Et puis, peu à peu, à cause d'un roman tombé sur sa route presque par hasard et qui a eu beaucoup de succès dans les années 1970, Hugo va percer la véritable identité de Jean : c'est lui l'auteur de ce roman. Et s'il le cache avec tant de soin, c'est parce qu'il n'y en a eu qu'un : il est, depuis, un écrivain raté. Par-delà les plis du temps, le jeune étudiant va rendre son histoire à l'homme qui a perdu l'écriture.

    Un roman sur la transmission qui écorne au passage, avec une douce ironie, le petit monde de l'édition et ses cruautés.
    En toile de fond de l'histoire de Hugo et de Jean, on croise des personnages hauts en couleur - une libraire, une éditrice, des romanciers. À contretemps brosse avec une énergie communicative un portrait gentiment satirique du milieu éditorial des années 1970 (a-t-il tant changé ?.) dans lequel on rit de bon coeur.

  • Une femme, deux hommes. Deux, peut-être trois histoires d'amour : un roman lumineux sur l'ambiguïté du désir et la confusion des sentiments.
    Fred tombe amoureux de Myriam mais Myriam, quoique troublée par Fred, aime Thomas, dont elle est enceinte depuis peu. Quand il l'apprend, Fred s'efface. Le lendemain de la naissance du bébé, il apporte un bouquet d'iris à la maternité. Le bébé est mort dans la nuit de la mort subite du nourrisson. Face à l'intolérable détresse de Myriam et Thomas, que peut Fred ? Les aider à surmonter ce moment d'une douleur extrême ; choisir de les accompagner, corps et âme, jusqu'à l'autre rive - celle où la vie pourra reprendre : devenir, parce que l'amour emprunte parfois d'étranges chemins, le passeur du gué.
    Autour du " passeur du gué ", Fred, s'articulent les voix de Myriam et de Thomas, faisant de ce roman non seulement une histoire d'amour, mais une histoire d'amitié, de maternité et de paternité : d'humanité, au fond.
    Trois monologues intérieurs qui se croisent, se répondent et se heurtent - se rejoignent au coeur du roman, autour du thème de la naissance et de la mort, pour dire que chaque deuil préfigure une nouvelle aube. Une histoire qui montre comment parfois, au cours d'une vie, un être humain peut en venir à s'oublier lui-même pour aider les autres, et leur permettre d'aborder des lendemains plus légers.
    Il y a décidément un ton propre à Jean-Philippe Blondel, un art du détail, de débusquer les promesses de la vie derrière le drame. Avec son cinquième livre, il nous offre son roman le plus émouvant.
    Une histoire forte et généreuse, des personnages qui vous habitent longtemps, une écriture qui fait mouche. L'auteur d'Accès direct à la plage et de Juke-Box sait restituer au plus juste les secrets de l'âme, entre tendresse et mélancolie. Laissez-vous emporter...

  • Ceci n'est pas une ballade sentimentale... Plus acide, plus " cash ", plus " trash " : le Blondel nouveau détonne, étonne. Et séduit.
    C'est comme si on passait de la ballade au rock : intrigue, personnages, écriture - tout est plus âpre, plus grinçant, plus violent. D'une histoire éminemment intime, le lecteur se trouve entraîné dans un roman engagé, à la beauté sombre et trouble, très différent de ce à quoi l'auteur de Juke-Box nous avait habitués. Un défi relevé haut la main, qui confirme l'étendue de son talent.
    Sommes-nous responsables de ceux que nous avons aimés, une fois que nous les avons quittés ? Un roman comme une claque aux petits arrangements avec notre conscience.
    Dans ses années de jeunesse, la " lose " lui collait à la peau. Aujourd'hui Vincent a le vent en poupe : marié à une fille de la grande bourgeoisie britannique, père de deux enfants, il dirige à Londres une chaîne de restauration en plein essor. Pour cela il a dû fuir : la France et sa petite classe moyenne engourdie, ses parents et leur pavillon " qui craint ", son frère et sa vie étriquée - et Étienne, son meilleur ami, son double inversé, dont il n'a plus jamais pris de nouvelles. Étienne qui a suivi le chemin opposé - Étienne qui est devenu SDF et qui est mort de froid, une nuit de février, au bord d'une voie ferrée. Mais cela, Vincent l'ignore. Jusqu'à ce mois de juillet où il revient dans sa ville natale. Et se prend en pleine tête le vacillement de ses certitudes d'homme qui a " réussi ".
    Une histoire de fraternité dérangeante, à la noirceur vénéneuse, où l'on fait l'amour pour " ensemencer la mort ".
    Vincent a toutes les apparences d'un " faux frère " plus vrai que nature. Il a abandonné le frère qu'il s'était choisi. Il va coucher avec la femme de son frère de sang - celle par qui le scandale arrive : celle qui lui révèle le secret d'Étienne. Mais ne vous fiez pas aux apparences, surtout dans ce roman, surtout avec cet auteur qui n'aime rien tant qu'explorer au scalpel leurs faux-semblants : une troublante mise à nu des êtres et de l'ambivalence de leurs liens.

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