Revue De La Bibliotheque Nationale De France

  • Une ressemblance troublante.
    Ce dossier de la Revue de la Bibliothèque nationale de France remonte aux bases de l'histoire naturelle et de la primatologie, avec « Jocko », petit chimpanzé que Buffon fait naturaliser assis sur un tabouret. D'emblée, c'est la ressemblance physique du singe avec l'homme qui interroge : une autre discipline s'en empare, la physiognomonie, qui entend déduire la personnalité d'un individu à partir de son apparence physique. Pour autant, Lavater, son fondateur, ne s'y intéresse que pour le maintenir à distance.
    Se méfie des comparaisons hâtives avec les animaux et réaffirme au contraire la supériorité de l'homme (du fait de ses convictions religieuses).
    Il faut attendre les Lumières puis la théorie de l'évolution des espèces de Darwin (1858) pour soustraire l'homme du cadre biblique et l'insérer au sein du règne animal. L'apparition du grand singe en Europe, à travers les circuits de l'esclavage notamment, pose la question des limites de l'humain. Un imaginaire raciste se diffuse alors par l'intermédiaire des zoos humains et des spectacles de freak shows, remplacés à partir des années 1930 par l'industrie du cinéma.
    Les « singeries » dans les arts.
    Dans les arts picturaux et ornementaux, la représentation du singe et plus largement de l'animal évolue : si le motif simiesque est très apprécié dans l'Antiquité, il devient plus rare dans l'imagerie chrétienne, car associé au péché et très vite relégué à un statut purement décoratif qui annonce les singeries du XVIIIe siècle, comme chez Chardin ou Grandville. Au cours du XIXe siècle, le singe est de moins en moins représenté sous une forme anthropomorphique. Influencé par la société protectrice des animaux (fondée en France en 1845), l'art animalier se renouvelle en profondeur, remettant en cause la suprématie de l'homme dans la hiérarchie naturelle.
    Le rapport homme-singe a beaucoup inspiré la littérature, brouillant les frontières inter-espèces. Les premiers orangs-outans, exhibés au début du XIXe siècle, comme dans la nouvelle d'Edgar Poe L'Orang-outan, nous renvoient l'image de notre propre bestialité. De même, Pierre Boulle qui publie en 1963 La Planète des singes, adapté au cinéma en 1968, s'interroge sur la nature conflictuelle et mimétique des relations entre l'homme et l'animal.
    Les singeries du côté des singes.
    Le singe est-il véritablement cet imitateur divertissant que l'on s'est plu à définir au fil des siècles ? L'imitation est un processus essentiel de l'apprentissage chez les primates, comme le démontre l'expérience menée avec Nénette, orang-outan le plus célèbre de la ménagerie du Jardin des Plantes.
    Pour revenir sur ce mythe de singe imitateur, Sabrina Krief, primatologue et professeure au Muséum national d'histoire naturelle, spécialiste des relations entre humains et grands singes, analyse les comportements de ces derniers en Ouganda, de l'automédication à l'apprentissage. Elle milite pour la reconnaissance de la vulnérabilité des primates et de leur environnement : ces espèces doivent être mieux connues pour être mieux protégées pour leur valeur intrinsèque, et non parce qu'elles répètent des scénettes inculquées sous la contrainte du dressage.

  • En préambule, Jean-Yves Mollier rappelle qu'au XIXe siècle, au moment même où se constitue une littérature pour la jeunesse, l'Enfant représente, de la même manière que la Femme ou le Peuple, une catégorie sous surveillance, perméable par nature à l'influence néfaste des mauvaises lectures. L'abbé Bethléem (dont les archives sont conservées à la bibliothèque de l'Arsenal) joue un rôle considérable dans la campagne menée dans la première moitié du XXe siècle contre les journaux licencieux et les illustrés pour la jeunesse (Anne Urbain). Ce sont en effet ces illustrés, français (L'Épatant) puis américains (Le Journal de Mickey), qui concentrent dans un premier temps les attaques des censeurs, dont les arguments d'ordre moral ou esthétique constituent paradoxalement l'un des premiers discours critiques sur la bande dessinée (Sylvain Lesage). La même accusation de propager, par l'exemple, la criminalité juvénile se retrouve dans les discours à l'encontre du cinéma (Roxane Haméry).
    En France s'est mise en place, en juillet 1949, une législation qui encadre les publications à destination de l'enfance et de l'adolescence, qui « ne doivent comporter aucune illustration, aucun récit [...] présentant sous un jour favorable le banditisme, le mensonge, le vol, la paresse, la lâcheté, la haine ou tous actes qualifiés crimes ou délits ou de nature à démoraliser l'enfance ou la jeunesse ». Dans le même temps, aux États-Unis, est apparue, selon des modalités un peu différentes, la Comics code authority qui régira pendant des décennies la publication des comics américains (Jean-Paul Gabilliet).

    Le tournant de mai 1968 Mai 1968 bouleverse le paysage bien ordonné de l'édition pour la jeunesse, en initiant un mouvement de libération de l'enfance opprimée par la famille, l'école, et le monde des adultes en général, dont le Petit livre rouge des écoliers et des lycéens, traduit et publié en France par François Maspero en 1971, est emblématique (Sophie Heywood). La plongée de Bernard Joubert dans les archives de la Commission de surveillance des publications pour l'enfance et l'adolescence, instaurée par la loi de juillet 1949, est riche d'enseignements sur la manière dont celle-ci examine au fil du temps les publications pour la jeunesse. Au-delà de la loi et de son application, de moins en moins restrictive, les pressions exercées sur le livre pour enfants restent multiples, qu'elles viennent des responsables politiques ou des parents, et s'expriment tout particulièrement dans les bibliothèques publiques (Véronique Soulé). La parole est aussi donnée aux acteurs de cette histoire contemporaine, à un éditeur (Thierry Magnier) et à des créatrices (Agnès Rosenstiehl et Katy Couprie).

    Laissez-les lire !

    Du XIXe siècle à aujourd'hui, les discours à l'encontre des mauvaises lectures sont révélateurs des angoisses du temps, et des permanences des interdits liés prioritairement à la violence et à la sexualité, dont le livre pour enfants, territoire doublement sanctifié, devrait être protégé à tout prix. « Ne craignons pas trop vite de traumatiser les enfants. Le danger est bien plus grand dans ce qui est mièvre et ennuyeux que dans ce qui est trop fort dans sa vérité » disait pourtant Geneviève Patte dans Laissez-les lire ! en 1978...

  • Le dossier entend mettre en valeur la richesse et l'étendue des recherches qui sont aujourd'hui consacrées au son en traitant de sa dimension sensible, acoustique et technique et de son « historicité », tant il est frappant de constater que l'on n'entend pas de la même manière selon les lieux et les époques. »...

    Comment entendre les sons du passé ? C'est la question que posent certains historiens du sensible tels qu'Alain Corbin dans son ouvrage pionnier Les Cloches de la terre. Ce à quoi tente de répondre également le projet Bretez de reconstitution sonore du Paris du XVIIIe siècle. Ces approches se concentrent sur la question de la « fidélité », de l'authenticité de la restitution sonore, à l'opposé des pratiques des sound designer, ces « sorciers du son » technophiles qui recherchent davantage l'efficacité émotionnelle. Cette modernité dans la conception du son est d'ailleurs au coeur de l'évolution historique du cinéma et de son écriture contemporaine, ou de l'histoire du jeu vidéo.
    L'exploration du son dans le temps nous mènera également à confronter nos expériences d'écoute de la musique à celles d'autres aires géographiques : la définition d'une « bonne » écoute lors d'un concert ne sera pas la même en Inde ou en France. Certain sons sont jugés harmonieux ou inacceptables en fonction des époques, des lieux, des contextes. L'hypersensibilisation actuelle au bruit et aux nuisances témoigne par ailleurs d'une volonté nouvelle de s'isoler, souvent au détriment de l'identité sonore des villes.

    Le dossier permet ainsi de mieux cerner en quoi consiste la révolution des sound studies qui, loin de se limiter à une simple histoire des innovations techniques, font des sons de puissants révélateurs de l'ordre politique, culturel et social d'une époque et d'un lieu donnés.

    Rubriques :
    « Autour d'une oeuvre » est consacré au célèbre enregistrement d'Apollinaire aux Archives de la Parole (24 décembre 1913).
    « Découverte » met à l'honneur les calligraphies de Roger Druet.
    La « galerie » permet de revoir les premières pochettes de disques 78 tours de la collection de la BNF.
    « Histoire de la bibliothèque » raconte comment la Bibliothèque nationale est devenue au XIXe siècle une destination touristique parisienne incontournable.
    Un « Inédit » exhume les rushs de Chronique d'un été de Jean Rouch et nous immerge dans la « fabrique de l'oeuvre ».
    Le « Portrait » de la tibétologue Marcelle Lalou.

  • L'invention de mondes imaginaires est une idée aussi ancienne que l'humanité, depuis l'Atlantide de Platon, ou encore l'Utopia de Thomas More. Mais c'est dans la seconde moitié du XIXe siècle en Angleterre, avec Lewis Carroll et William Morris, que naissent la fantasy et sa pratique, le worldbuilding. Un genre qui connaîtra un succès prodigieux à partir des années 1960, à travers l'oeuvre de Robert E. Howard (Conan le Barbare) et celle de Tolkien (Le Seigneur des anneaux). Anne Besson retrace pour nous l'histoire du genre pour lequel Tolkien tient lieu de modèle, l'écrivain-démiurge qui, pour créer sa mythologie personnelle, dessine des cartes, crée une cosmogonie, élabore des chroniques... Les cartes jouent en effet un rôle spécifique dans la création des mondes imaginaires, ainsi que l'expose Julie Garel-Grislin dans son article.

    La fantasy connaît en France une apparition tardive (les premières traductions datent des années 1970) : il faut attendre le nouveau dynamisme éditorial de la fin des années 1990, décrit par Marie-Lucie Bougon, pour la voir s'affirmer et se singulariser (avec des éditeurs comme Mnémos, Bragelonne...). Ce succès éditorial, très marqué chez les jeunes enfants et les adolescents, nous conduit à nous interroger, aux côtés de Laurent Bazin, sur les raisons d'une telle fascination au-delà du simple besoin de divertissement.

    Un succès transmédia.

    L'engouement pour ces imaginaires contemporains s'étend bien au-delà de la littérature, porté par le développement de nouveaux médias (bandes dessinées, pulps, films, séries télévisées, jeux vidéo, jeux de rôle...), chaque support nourrissant l'autre, avec l'ambition de construire un monde complet et consistant, quoique fictif.

    Les créations de nouveaux univers sont pléthoriques au cinéma (Star Wars, adaptation du Seigneur des anneaux), dans les séries (Game of Thrones ou Westworld), le jeu vidéo (World of Warcraft ou Assassin's Creed) et même les jouets (Lego)... Elles sont aujourd'hui au coeur de la culture populaire au point de faire émerger une nouvelle communauté de fans, les « geeks », qu'ils soient fervents lecteurs de fantasy, de mangas, ou de comics, « rôlistes », gamers, amateurs de séries fantastiques ou de films d'horreur. David Peyron nous dit quelles pratiques se cachent derrière ce vocable, tandis qu'Olivier Caïra revient sur les jeux de rôle sur table, tels que Donjons et dragons.

    Les genres de l'imaginaire sont également très présents sur le petit écran, depuis Star Trek jusqu'à Game of Thrones, au point de brouiller la frontière avec le cinéma. Une évolution que décrit Florent Favard. Alain Boillat se concentre quant à lui sur le cas de Westworld qui, tout en reprenant les codes du western, explore la problématique de l'intelligence artificielle et tend un miroir à nos préoccupations contemporaines...

    La parole aux « créateurs » Il s'agit aussi d'entendre la parole des créateurs, de ceux qui donnent corps à ces univers, qu'ils soient écrivains ou concepteurs de jeux. Des écrivains français se sont prêtés au jeu, tels que Jean-Philippe Jaworski, auteur de deux cycles de fantasy, Récits du Vieux Royaume et Rois du monde (éditions des Moutons électriques), Lionel Davoust, auteur des Chroniques d'Évanégyre (éditions Critic), ou encore la Canadienne Karoline Georges, auteur de romans d'anticipation (SF Folio). Côté jeux vidéo, la société Ubisoft expose sa ligne éditoriale et la manière dont elle reconstruit des mondes historiques disparus, comme dans son dernier opus, Assassin's Creed Odyssey (2018), dont l'action se situe en Grèce pendant la guerre du Péloponnèse. Tout doit concourir à l'immersion du lecteur ou du joueur...

    Rubriques :
    L'« Actualité de la recherche » mène l'enquête avec Laurent Demanze sur la passion de l'investigation dans la littérature contemporaine.
    La « Découverte » des archives comiques de la photographie relate avec humour comment ce médium a été perçu dans la presse humoristique du XIXe siècle.
    Une « Galerie » autour du typographe Christian Delorme.
    La rubrique « Histoire de la bibliothèque » consacrée à l'Arsenal pendant la première moitié du XIXe siècle.
    Le récit de Gaëlle Obiégly en « Résidence » à la BnF.

  • Concept qui a joué fortement dans la création de la Toile, l'idée d'hypertexte a été à l'ordre du jour et a animé de nombreux débats dans les dernières années du XXe siècle avec le passage à des pratiques de numérisation d'ampleur. Cette dimension dont la généalogie se trouve aussi bien dans les sciences cognitives que dans l'univers des bibliothèques, de l'écrit et de certaines oeuvres littéraires, suggérait alors la possibilité de reconfigurer la connaissance et son accès. Le rêve de la bibliothèque totale accessible par tous et partout a bordé ces années de révolution numérique. Qu'en est-il vingt ans après ? Si le mot « hypertexte » s'est dilué, banalisé dans nos pratiques quotidiennes, il n'en reste pas moins que ce que l'on considérait naguère comme utopique est en passe de se réaliser dans l'univers de la bibliothèque.

  • Écrivains et poètes ont, les premiers, célébré cette « science de la gueule », vantant les délices d'une simple andouillette, de « roqueforts aux mines princières » ou de « gruyère, pareil à une roue tombée d'un char barbare ». L'écrit confine à l'éternité, les mots remplacent les saveurs et les goûts d'autrefois et les parfums nous sont restitués intacts, invitant tous les sens au festin. Denis Saillard, dans son article, évoque les similitudes entre les délices d'« une sardine fraîche, un filet de thon ou une moule crue » et l'odeur de la page écrite qui vient de sortir de l'imprimerie, du « parfum de l'encre ». Longtemps considérée comme un sujet d'étude mineur, la gastronomie a maintenant acquis ses lettres de noblesse. En 2010, l'Unesco inscrivait le repas gastronomique des Français sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel mondial, l'élevant au rang de véritable pratique sociale et lui offrant une reconnaissance internationale. Notre dossier « La gastronomie : du sens aux sens » invite à considérer cet art de vivre à la française comme un marqueur identitaire fort et fédérateur, porteur de sens pour la société et dans la vie de chacun. Priscilla Ferguson propose un regard sur l'identité gastronomique française et sur la construction d'une idéologie gastronomique façonnée par un discours porté par un ensemble de textes (livres de cuisines, romans ou récits). Or, au sein de la communauté, chacun peut affirmer son propre « moi gastronomique », pour reprendre les propos de Mary Frances K. Fisher, et ainsi transformer la gourmandise en connaissance, l'art de manger avec intelligence. Pour que ce patrimoine puisse rester vivant, la transmission doit en être assurée. Parmi les divers types de médiation possibles nous en avons retenu deux : les livres de cuisine pour enfants, véritables outils de transmission de valeurs et d'éveil aux sens, évoqués par Françoise Hache-Bissette et, pour être dans l'air du temps, les blogs culinaires, illustration de nouvelles pratiques, qui ont fait l'objet d'une enquête statistique menée par Sidonie Naulin. Il ne faut néanmoins pas oublier que la gastronomie est avant tout une expérience sensorielle multiple, sollicitant non seulement le goût, mais aussi l'odorat, l'ouïe, le toucher et la vue, activement mobilisés lors du repas et source de véritables émotions gustatives. On ne peut envisager le plaisir gastronomique sans rendre justice à toute la vie des sens, la célébration du vivant, comme le suggère Ingrid Astier. Avec des jeux de mots épicés et des images savamment « cuisinées », elle nous invite à observer le miracle quotidien du rituel de la table, fenêtre ouverte sur le « paradis terrestre ». Par un jeu de correspondances, il est même possible de rapprocher discours gastronomique et critique musicologique, observe Didier Francfort, le goût et l'ouïe faisant appel au même paradigme hédoniste. Enfin, cette polysémie conviviale a trouvé en Paris un lieu d'expression privilégié. C'est à Paris qu'est née la gastronomie ; c'est à Paris que se sont ouverts les premiers restaurants, devenus très rapidement de nouveaux lieux de sociabilité où l'on faisait bonne chère, et dont la renommée allait très vite attirer le monde entier. Enfin, en lien avec le succès des restaurants, c'est à Paris qu'est née une nouvelle forme de journalisme : le journalisme gastronomique. Alina Cantau et Dominique Wibault

  • Dossier sous la direction d'Alain Carou et de Thierry Laugée En 2016, la Revue de la Bibliothèque Nationale de France renouvelle sa formule éditoriale, en passant notamment au tout couleur. Des Cris de Paris à la collection « Raconter la vie » de Pierre Rosanvallon, ce numéro « inaugural » traite de la représentation du peuple à travers différents médias, de la littérature au cinéma en passant par la photographie de reportage, s'ouvrant ainsi sur des problématiques contemporaines.
    Apparaissent également de nouvelles rubriques telles que « Idées » (Laure Murat), « Portrait » (François Guérif ), ou encore un espace « Galerie » qui présentera les calligraphies de Tanaka Shingai.

  • Le dossier explore l'ivresse sous ses multiples facettes, proposant un regard sur ce phénomène et sa perception à travers les âges pour en révéler toutes les contradictions. De l'ivresse populaire, fléau social, à l'ivresse raffinée et mondaine, tolérée voire promue, du désordre organique à l'ivresse esthétique ou inspirante, l'ivresse n'est pas l'alcoolisme ; elle ne se réduit pas aux effets de l'excès de boisson : c'est aussi un état intentionnellement recherché, une tentative d'accéder à une conscience plus vive de soi et du monde.
    Le dossier invite ainsi à brouiller ces frontières entre vice et vertu, folie et génie, pour distinguer l'" ivresse joyeuse " (celle du Moyen Age), la " sage et juste ivresse " (avec Diderot) et la fureur poétique (avec Baudelaire, Rimbaud, Apollinaire...). Il explore également l'imaginaire des cafés, emblématiques de cette ambiguïté : lieu de consommation et de perdition, ils se révèlent aussi " salons de la démocratie ", lieux de culture et de modernité, attirant artistes, écrivains et intellectuels.

  • Pourquoi la France ?
    Partant de l'habitude séculaire qu'ont les Français de se placer au centre du monde (Christian Grataloup), justifiant ainsi la singularité et la grandeur de leur destin, le dossier interroge, à travers des articles faisant le point sur les French Studies aux États-Unis (Stéphane Gerson) et en Russie (Clémentine Fauconnier), sur l'état des traductions depuis le français (Gisèle Sapiro) ou encore sur les collections françaises au sein des bibliothèques américaines (Sarah Sussman), l'intérêt des étrangers pour notre pays : pourquoi cette passion pour la France ? Fascine-t-elle toujours autant dans un contexte de plus en plus mondialisé ? Le mérite-t-elle ?

    La France comme objet d'études La France a longtemps été un objet d'études disproportionnées par rapport à la place et à la puissance réelles du pays. Si l'on en croit Stéphane Gerson, auteur de Why France, la France demeure aujourd'hui « bonne à penser », mais la focale géographique s'est élargie, le regard se fait plus critique et se porte plus sur l'immigration, la décolonisation et le postcolonialisme que sur la Révolution ou les Lumières. Un constat que partage, dans un entretien, l'historien américain francophile Robert Darnton.

    La France comme objet de fantasmes La France peut apparaître comme une somme de mythes - le Français frondeur ou bohême - ou de fantasmes. Souvent perçu depuis l'extérieur comme la capitale de la culture, de la liberté, des plaisirs, Paris est ainsi magnifié, au mépris de la réalité urbaine, que ce soit dans les guides touristiques en anglais du XIXe siècle (Laurent Portes), ou dans les comédies hollywoodiennes, (Antoine de Baecque), qui en font un décor de studio.

    Pour le dé-paysement Et les Français, si facilement fiers de leur pays, le connaissent-ils vraiment ? C'est la question que pose Jean-Christophe Bailly, auteur du Dépaysement : il invite le lecteur à porter sur le territoire français le regard d'un voyageur de passage - étranger ou non - pour en capter l'identité et expérimenter un « ailleurs intérieur ». Patrick Boucheron appelle également au « décentrement » à travers son Histoire mondiale de la France, qui se propose de l'étudier vue d'ailleurs, d'une autre discipline, d'une autre période, d'une autre curiosité, davantage encore que d'un autre pays. Une inversion de perspective que tente à sa façon Jean Rouch, post-colonial avant la lettre, dans une série de films dont Petit à petit, qui met en scène un individu originaire d'une ancienne colonie française enquêtant sur la « tribu parisienne ».

  • Alors que les émissions de vulgarisation scientifique se multiplient, la Revue de la BnF s'interroge sur le « style de la science » : comment formule-t-elle ses résultats tant auprès des chercheurs que du grand public, comment produire un discours scientifique et pour qui ?

    « Le style de la science » :

    Tout travail de connaissance passe nécessairement par la production d'un discours. Ce numéro s'interroge sur le style de la science - ou sur son absence revendiquée -, sur la manière dont elle formule ses résultats auprès du grand public et de la communauté des chercheurs.


    Vulgarisation, communication, valorisation :

    Jean-Marc Lévy-Leblond revient sur l'opposition traditionnelle entre monde savant et monde profane à travers le cliché du savant distrait, aux savoirs inaccessibles...
    L'opposition entre savant et profane, scientifique et littéraire, correspond toutefois plus à une frontière théorique, historique et institutionnelle, qu'à la réalité des pratiques du savoir, selon Yves Jeanneret. Les sciences, s'exprimant principalement sous forme de textes, produisent elles-mêmes de la littérature, également traversée par l'imaginaire et la rhétorique.
    Baudouin Jurdant, spécialiste des questions de vulgarisation scientifique, insiste quant à lui sur la nécessité de « parler la science » : si la science est avant tout écrite (accédant par là même au statut de vérité objective et universelle), elle se doit d'être constamment discutée au sein d'une communauté plus large que celle des spécialistes...


    L'écriture scientifique comme production culturelle/littéraire :

    L'écriture scientifique emprunte-t-elle à la littérature ? Certains objets d'étude nous forcent à penser au-delà d'un simple dualisme entre science et fiction, telle la sphère de Dyson, mégastructure bâtie autour d'une étoile, jamais observée à ce jour, traitée aussi bien dans des articles d'astrophysique que des romans de science-fiction.
    Thierry Hoquet constate que le xviiie siècle a vu s'opposer deux manières d'écrire l'histoire naturelle : l'extrême concision de Linné et la grandiloquence de Buffon. On aurait tôt fait d'en conclure que l'un serait plus rigoureusement scientifique et l'autre plus littéraire. Leur différence de styles nous renseigne davantage sur le type de public et de science visés par chacun des auteurs, interrogeant par là-même l'idéal d'« objectivité » de la science.


    L'activité scientifique comme acte de « création » :

    Dans tout projet intellectuel, selon Jean-François Bert, rien n'est anodin, brouillons, lettres, fiches, marginalia... L'étude de ces traces nous révèle comment le savant travaille, mettent en évidence des styles et des modes opératoires personnels. De même, les carnets de thèse en ligne, nouveaux lieux d'expression et de réflexion individuelles pour les doctorants, font émerger des manières différentes d'écrire la science, à la première personne...


    Les sciences et les arts :

    Un entretien inédit avec Jacques Réda autour de sa Physique amusante nous éclaire sur son choix d'écrire à propos de la physique contemporaine, dans la longue tradition de la poésie scientifique.
    Alice Leroy retrace quant à elle l'histoire du docteur Jean Comandon, dont l'ambition fut de filmer la science. Ses films microcinématographiques, réalisés en laboratoire, se redécouvrent aujourd'hui tant pour leur qualité scientifique qu'esthétique. Sans jamais renoncer à la valeur didactique de ses images, il en reconnaissait aussi l'enchantement singulier...


    Représentations scientifiques graphiques :

    Didactisme et enchantement, c'est également ce que vise le courant merveilleux-scientifique, qui se développe au tournant du xxe siècle dans la presse de vulgarisation, empruntant aux motifs du conte de fées. La représentation graphique spécifique au traité d'anatomie que nous révèle Elsa Tadier, illustre parfaitement ce dilemme entre les savoirs et leur nécessaire diffusion sous la forme de discours.

    Rubriques :

    « Autour d'une oeuvre » consacrée à la Somme rural de Jean Boutillier.
    La « Découverte » de la collection de photographie japonaise contemporaine de la Bibliothèque nationale de France.
    Une « Galerie » autour des lettres illustrées de Paul Morand à son épouse Hélène.
    La rubrique « Insolite » raconte l'histoire mystérieuse des momies de la Bibliothèque nationale de France.
    Une nouvelle rubrique « Résidences » fait place aux observations de l'écrivain Thomas Clerc, « lecteur-imposteur » à la Bibliothèque.

  • " L'homme qui lit " touche à des enjeux philosophiques, anthropologiques, esthétiques ou éthiques. Il a ses modèles, ses références. Et parmi eux, deux lecteurs absolus qui ont élevé la lecture au rang d'un art, d'une oeuvre d'art. Walter Benjamin fut un des lecteurs assidus de la grande salle de travail de Richelieu dans les années 1930 pendant plus de dix ans. Son biographe français, Bruno Tackels, évoque ce lecteur d'exception qui rêva d'écrire un livre exclusivement composé de citations. Plus près de nous, Guy Debord a fait de la lecture un véritable geste révolutionnaire et ses fiches, patiemment rédigées et accumulées pendant quarante ans (conservées, avec le fonds Debord, au département des Manuscrits) font l'objet d'une première approche par les deux commissaires, Laurence Le Bras et Emmanuel Guy, en préalable de l'exposition à venir en 2013 sur le site de Tolbiac. Deux articles s'essaient à la description et à l'analyse monographique d'une figure de lecteur. D'abord, la belle plongée de Maxime Préaud, ancien responsable de la réserve des Estampes, dans une lithographie d'Odilon Redon. Un autre article s'intéresse à une scène de lecture emblématique du film de Jean-Luc Godard, Pierrot le fou. Deux rencontres avec des auteurs contemporains permettent de mieux comprendre les liens organiques qui se sont tissés entre lire et écrire. Marie Odile Germain, du département des Manuscrits, s'entretient avec Hélène Cixous - qui a fait don de ses papiers à la BNF - sur les raisons de la lecture chez cette universitaire qui anime un séminaire d'interprétation des textes. Cécile Portier, de la délégation à la Diffusion culturelle de la BNF, interroge Camille de Toledo, auteur des Vies pøtentielles, sur ce qu'est l'acte de lecture à l'âge des " machines à lire ". Maurice Olender, écrivain et éditeur (directeur de la collection " Bibliothèque du XXIe siècle " au Seuil), développe une méditation en forme de fiction, un texte poème sur le fantôme de toute lecture. Dans un dialogue original, Alain Fleischer, à la demande de l'auteur, propose en regard une photographie. Un dernier essai s'interroge, en prenant appui sur les concepts développés par l'ethnologue Marcel Mauss, dans son texte Techniques du corps, sur l'acte physique de lecture et tente de le comprendre à l'épreuve des nouvelles technologies.

  • Être soi avec les autres est depuis 45 ans la face cachée de l'oulipisme et il existe autant de façons d'y parvenir que d'oulipiens. La BnF, dépositaire d'un fonds Georges Perec à la bibliothèque de l'Arsenal, a choisi de fêter l'anniversaire de la création de l'Ouvroir de littérature potentielle en donnant la parole aux oulipiens en activité, afin que chacun d'eux fasse le point sur sa relation avec le groupe et ses principes.

    À l'occasion du dépôt des archives du groupe à la bibliothèque de l'Arsenal en 2005, ce numéro revient sur lesgrandes heures de l'Oulipo, ses crises et sur les relations entre ses membres. Dix oulipiens d'aujourd'hui apportent leur témoignage, de M. Bénabou à N. Arnaud, en passant par F. Caradec ou H. Le Tellier.

  • En abordant la cartographie sous l'angle des objets qu'elle représente, ce nouveau dossier se propose de montrer leur extrême diversité, loin de l'image habituelle qui voue les cartes à la représentation du réel le plus tangible : cartographie d'une ville disparue, Vicina sur le Danube ; cartographie du mouvement : la bataille de Vyborg (1790) ; l'atlas sphéroïdal de Garnier ; une carte pour le passage de Vénus en 1874.

  • Deux numéros de la Revue de la BNF, coup sur coup, sont consacrés à la « parole ». Les éthologues produisent année après année les preuves d'une convergence entre l'homme et l'animal. Mais quelque chose résiste : la parole, qui paraît constituer, jusqu'à présent, le propre de l'homme. L'homme est un « animal politique », comme le pensait Aristote. Mais on découvre que les singes, et bien d'autres espèces, ont développé des comportements « politiques ». Mais il s'agit, dans le règne animal, d'une politique sans parole, sans délibération, de production de concepts, ou d'idées générales qui permettraient non pas seulement de communiquer, mais de parler, c'est à dire d'exprimer, par des concepts, des réalités et des situations complexes.
    Ce premier numéro fait la part belle à la parole, entendue, au sens propre, comme un « logos » qui se distingue du « mélos ». Ou qui (dans une origine utopique) s'y identifierait - comme le montre la belle médiation du philosophe Vincent Delecroix sur Rousseau. Bertrand Dicale, spécialiste de la chanson, fouille le rapport entre parole et musique.
    Jean-Loup Graton, compositeur et élève de Jean-Louis Scheffer, travaille sur la dimension sonore de la parole et son incarnation à la radio. Antoine Compagnon, professeur au Collège de France et spécialiste de Proust, met en lumière les talents mimétiques, d'imitateur ou de ventriloque, de la parole des autres, du narrateur de la Recherche...
    Laure Fernandez, chercheur, enquête dans la cote « phénomène » du département des Arts du spectacle sur ces artistes qui mettaient en scène, au début du XXe siècle, des numéros de parole décalée - ventriloquie.

  • Ce numéro de la Revue de la BNF poursuit la réflexion entamée par le précédent sur ce qui distingue l'homme de l'animal : la parole.
    Cette livraison propose cette fois de patrouiller dans les fonds du département de l'Audiovisuel à la recherche de cette parole que des entreprises originales au XIX et XXe siècles - celle de Charles Cros ou du linguiste Ferdinand Brunot - ont permis d'enregistrer, de classer et d'étudier.
    Qu'en est-il de la collecte de ces courants d'air que sont les paroles, de leur conservation, et à travers quels grands fonds sont-ils répertoriés ? Les paroles sont multiples, mais l'une d'entre elles a fait l'objet d'une entreprise particulière documentée par le réalisateur Sacha Stanoievitch qui réalise en 1974, un film : Être jeune et travailler, un des films phare de la mémoire ouvrière, et sur lequel se penchent Christophe Gauthier, directeur du département de l'Audiovisuel, et Alain Carou, conservateur. Autant de volets de la réflexion qui sont nourris d'une traversée de l'étonnant petit musée Charles Cros (non ouvert au public) que le 17e étage d'une des tours de Tolbiac abrite et qui est constitué de tous les appareils d'enregistrements de la parole. Le poète et écrivain Frédéric Boyer, qui a dirigé jadis la grande entreprise de retraduction de la Bible par des écrivains contemporains, instruit, pour sa part, le dossier de la parole « poétique ou prophétique » : qu'est-ce que prendre la parole ?

  • Ce numéro de la Revue permet d'interroger ce « besoin de philosophie » qui traverse nos sociétés modernes et la manière dont les philosophes et les médias y répondent, à travers l'évocation des objets populaires dont ils se sont emparés. Réponse bienveillante, voire complaisante ? Injection superficielle de sens ? Ou un moyen de renouer avec une tradition ancienne de la philosophie qui entend faire ressortir en chacun la capacité à comprendre et à s'approprier le monde ? Pour répondre, la Revue laisse la parole aux philosophes : Raphaël Enthoven (les risques de la parole publique), Christian Godin (la kitsch philosophie ?), Sandra Laugier (les vertus ordinaires de la culture populaire), Yves Charles Zarka (le besoin de sens détourné par les médias)... et au sociologue Jean-Louis Fabiani (Philosophie, nouvelles politiques de l'offre et métamorphoses de la demande).

  • De la monographie d'un artiste aux affiches et programmes d'une saison théâtrale, en passant par les cartons d'invitation à un défilé de mode ou l'identité visuelle d'un espace artistique, les réalisations des graphistes sont multiples, concernent différents supports et portent fréquemment sur une déclinaison de ces supports. S'appuyant sur l'exposition " Graphisme et création contemporaine ", présentée à la BNF en 2011, qui a réuni les travaux d'une soixantaine de graphistes, toutes générations confondues et travaillant en France, pour les arts plastiques, le théâtre, l'architecture, la mode, la photo, la musique, la littérature. ou encore le graphisme lui-même, ce dossier dessine aussi un panorama de la création graphique des années 2000. En complément, Roxane Jubert, historienne de l'art spécialisée dans la typographie, trace un tableau très intéressant de l'état de la civilisation du signe, de l'écrit et de l'image aujourd'hui, et quatre entretiens avec des graphistes permettent d'approcher au plus près le processus de création.

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