Albin Michel

  • Ces « lectures » sont les conférences que Jung prononça devant les étudiants bernois et berlinois de la société Zofingia (Suisse), correspondant à ces cercles estudiantins qui s'inscrivaient dans la tradition de l'Université germanique. On y saisit, « à l'état naissant », toutes les réflexions de Jung qui le sépareront ensuite de Freud, en particulier son rapport à l'épistémologie kantienne et à Nietzsche dont il réévalue la pensée philosophique. On y découvre aussi sa perception du néoplatonisme et du Romantisme allemand qui ne cesseront d'alimenter ses propres travaux. Ces conférences permettent réellement de saisir les racines profondes de sa pensée et de son oeuvre.

  • Dès les premières pages de Psychologie et alchimie, Jung écrivait très clairement, sans avoir peur des risques qu'il prenait de la sorte, que " l'âme possède naturellement une fonction religieuse (...) et que la tâche principale de toute éducation de l'adulte est de faire passer l'archétype de l'image divine, ou ses émanations et ses effets, dans la conscience ". Sur le statut proprement métaphysique d'une telle assertion, Jung n'a jamais voulu se prononcer, considérant qu'il sortirait alors de ses limites et de son domaine de légitimité. Mais il a toujours maintenu contre vents et marées qu'il y avait un monde propre de l'âme, et que son oeuvre consistait à démêler la façon dont il se manifestait et appelait l'homme à la découverte de sa réalité fondatrice de caractère numineux.
    Se référant explicitement à Maître Eckhart quand il disait : " Ce n'est pas au-dehors mais à l'intérieur : tout à l'intérieur ", Jung proposait ainsi d' " observer patiemment ce qui se passe en silence dans l'âme ", dans la mesure où tout homme a par nature " dans son âme propre quelque chose qui peut croître ". Il a donc semblé urgent de livrer au public français les grands textes de Jung qui étaient encore inédits, et qui traitent directement de cette structure religieuse qui nous forme.
    La Vie symbolique en est le premier volume rassemblé. Deux autres livres suivront, l'un sur L'Ame et le Soi, l'autre comprenant les Essais sur la symbolique de l'Esprit. Dans cette perspective, il a paru judicieux de commencer par les textes où Jung se confronte au christianisme - soi en s'inscrivant dans les grands courants de la gnose avec les Sept Sermons aux Morts qu'il place sous le patronage de l'Alexandrin Basilide, soit dans des échanges très serrés et courtois avec des religieux et des théologiens, comme dans le texte proprement dit de La Vie symbolique ou les lettres qu'il envoie à un pasteur protestant ou à un carme catholique : on pourra y voir au travail toute la puissance de sa réflexion, mais aussi le poids de l'angoisse qu'il a toujours ressentie - et d'autant plus comme thérapeute - devant l'insondable mystère de l'existence du mal.

  • Ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé de lettres classiques, Christian Jacob est directeur de recherche au CNRS. Il dirige le groupe de recherche international, interdisciplinaire et comparatiste, " Les mondes des lettrés ", qui réunit des spécialistes de l'Orient ancien, de la Chine, du Japon, de l'Islam et de la tradition européenne. Il est l'auteur de nombreux ouvrages, dont L'Empire des cartes (Albin Michel, 1992).

    Un nouveau regard sur l'histoire des sociétés humaines. Comment naissent, se pratiquent et se transmettent les savoirs dans les sociétés ? Quels sont les gestes, les instruments et les procédures qui donnent forme à tout type de connaissance ? Et si les sciences humaines mettaient en commun leurs disciplines pour répondre à ces deux questions ? En ce début de siècle, les nouvelles technologies de l'information (informatique, internet) affectent en profondeur notre rapport à l'écrit, à la mémoire et à la connaissance, en modifiant les pratiques de la lecture et de l'archivage, en suscitant une nouvelle organisation des communautés de savoir, en transformant la circulation des savoirs et en réclamant l'invention de nouveaux types d'apprentissage intellectuel dans tous les domaines. La bibliothèque virtuelle, l'autorité de l'écrit à l'heure du "texte électronique", la construction des identités et des mémoires collectives à travers la mise en ordre des archives de chaque tradition, l'accès à la connaissance et la maîtrise de l'information sont les grands enjeux politiques et culturels que toutes les sociétés ont désormais à affronter. Donner un sens au monde, élucider les phénomènes de la nature et de la vie, mettre en ordre et codifier les lois et les croyances qui font la cohésion d'une société humaine, nous orienter à travers le pluriel des traditions et des cultures, déchiffrer les trésors d'ingéniosité humaine et d'invention intellectuelle, telle a été la quête des acteurs du savoir, au-delà des incompréhensions et des conflits. De multiples figures l'ont incarnée, du conteur africain au mandarin chinois, du cueilleur de simples au médecin itinérant, des géographes aux astronomes, des éditeurs humanistes de la Renaissance aux biologistes contemporains descripteurs du génome humain. Dans une perspective résolument comparatiste, le projet des LdS proposera une vision dynamique et novatrice des mille manières dont, à travers l'histoire, dans la diversité des sociétés, des langues et des cultures, les hommes ont produit, transmis, sauvegardé des savoirs, par-delà les grands partages entre sociétés lettrées et sociétés sans écriture, entre Orient et Occident, entre passé et présent.

  • En 1950, le grand historien Lucien Febvre, aidé par un jeune assistant en Sorbonne, François Crouzet, se lance un défi :
    écrire, en réponse à une sollicitation de l'Unesco, un manuel "modèle" d'histoire de la civilisation française.
    Oublié jusqu'à aujourd'hui dans un grenier poussiéreux, ce livre veut prouver qu'il n'y a pas "d'identité" française providentiellement surgie de la nuit des temps, mais que la France s'est progressivement créée grâce à un constant métissage ethnique et culturel qui est le coeur battant de sa civilisation. Véritable défense et illustration du caractère "international" et "interdépendant" de toute nation, Nous sommes des sang-mêlés dénonce les tentations de refus de l'autre qui ont conduit aux atrocités des conflits mondiaux du XXe siècle.
    Selon Febvre et Crouzet, l'historien a pour mission, scientifique et éthique, d'éliminer les ferments de haine xénophobe entretenus par l'enseignement d'une histoire trop nationaliste, et d'ouvrir les esprits à l'idée d'une "fraternité" universelle qui serait l'essence même du passé et donc du présent. Livre singulier d'histoire engagée, promotion d'un projet de paix qui serait l'avenir de l'humanité, Nous sommes des sang-mêlés conserve toute sa pertinence aujourd'hui.

  • Rassemblant des textes épars, introuvables et inédits, qui forment un ensemble cohérent et structuré, ce livre est une traversée du siècle, qui n'est ni fronts idéologiques opposés, ni même styles adversaires, mais plutôt rythmes variés. Autrement dit, Sade et Rousseau y reviennent souvent.

    Un recueil de textes enlevés, écrits d'une main virtuose, sur des thèmes qui sont aussi de notre époque : la séduction, l'inconséquence, la solitude, mais aussi le plaisir et les pleurs. Chérubin voisine avec Casanova, Watteau tend la main à Fragonard, et l'ombre de Sade, auteur noir et paradoxal s'il en fut, plane sur des pages propres à séduire et enseigner tout honnête homme.

    Un manifeste de légèreté et de profondeur.

  • « Jacques Benveniste restera l'homme d'une polémique. Dans laquelle il aura tout gagné. Et tout perdu. Jacques Benveniste n'avait pas toujours été un chercheur à part. Jusqu'à sa découverte contestée, il avait été l'un des scientifiques français les plus publiés en immunologie, sa spécialité de départ, et les plus appréciés. En 1971, sa découverte d'un facteur activateur des plaquettes sanguines l'avait même placé dans tous les manuels de médecine ainsi que sur la liste des nobélisables. »

    Eric Favereau, Libération



    « Rencontrer Jacques Benveniste, c'était s'exposer aussitôt à cette marque de la rencontre. La marque de l'intelligence à l'état brut, rapide, en perpétuel mouvement. Une intelligence incarnée, capable d'excès de vitesse et de dérapages, mais ô combien généreuse, ouvreuse d'horizons, de mondes inconnus et d'espoirs infinis. »

    Eric Fottorino, Le Monde


  • Un panorama sans équivalent des pratiques et traditions du savoir, entre sciences et humanités, entre Orient et Occident, entre passé et présent, entre sociétés avec ou sans écriture.
    -Comment les hommes ont produit, validé, sauvegardé et transmis leurs savoirs.
    -Les gestes, les instruments et les procédures qui donnent forme à tout type de connaissance.
    -De l'art du bonsaï à l'observation au microscope en biologie cellulaire, de l'écriture des mathématiques à l'atelier de Michel Foucault.

  • L'épisode des bourgeois de Calais est des plus célèbres. En 1347, à l'aube de la guerre de Cent Ans, six bourgeois de la ville, tête et pieds nus, en chemise et la corde au cou, se rendirent devant le roi d'Angleterre Édouard III afin de remettre leurs vies et les clefs de la ville entre ses mains. Ils parvinrent ainsi à éviter la destruction de Calais et eurent la vie sauve grâce à l'intervention de la reine Philippa de Hainaut.
    Cette version des faits ne résiste pas aux travaux des historiens modernes. Jean-Marie Moeglin souligne ainsi l'instrumentalisation progressive de cet épisode depuis les chroniques médiévales jusqu'à la construction d'un « récit exemplaire » profondément ancré dans le patrimoine culturel français. On a tout simplement travesti un rituel de capitulation en une édifiante manifestation de dévouement héroïque. Le mythe s'est bâti progressivement autour de thèmes précis tels que l'opposition des libertés et des franchises urbaines aux violences de la monarchie féodale, l'antagonisme France-Angleterre ou encore l'exaltation du « patriotisme » et du « civisme ».
    Au-delà de la compréhension d'un épisode qui aurait dû apparaître tout au plus comme une anecdote dotée d'un certain pittoresque, l'étude de Jean-Marie Moeglin apporte un éclairage inédit sur les structures de représentation d'une société et l'élaboration du passé dans l'imaginaire collectif.

  • Pourquoi Itard, le fondateur de la psychiatrie de l'enfant, a-t-il accroché dans sa salle à manger le Lion de Florence, fauve dévorant un nourrisson sous les cris de sa mère ? Pourquoi Pinel, le médecin des « folles » à la Salpêtrière, a-t-il choisi pour la sienne une gravure représentant un jeune homme anorexique par amour, La Maladie d'Antiochus ? Quelle folie infiltre la raison des deux pionniers de la psychiatrie ? La découverte des tableaux dont Pinel et Itard avaient décoré leurs appartements donne accès à leur imaginaire. Sur la scène de leur théâtre intime, les fantasmes sexuels se conjuguent avec les convictions messianiques, les meurtres et les suicides s'entremêlent aux séductions
    taboues, et les héros immortalisent l'excès de leurs exploits et le comble de leurs malheurs. Les folies sanguinaires de la Terreur, dont Pinel et Itard avaient été les témoins, les avaient convaincus de l'intrication naturelle de la raison et de la folie dans toute vie psychique. Entre rêve et cauchemar, leur compréhension de la folie se présente ainsi comme une interrogation sans fin sur l'archéologie de la raison et la construction du délire. Questionner l'imaginaire de ceux qui essaient de penser l'imaginaire des « fous », c'est se défaire des folies de la raison et s'approcher des raisons de la folie.

  • Ce livre, qui a pour objet l'invention des nuisances et des pollutions dans le contexte de l'Europe en voie d'urbanisation et d'industrialisation, fait ressortir la spécificité des cas français et parisien par rapport aux expériences contemporaines, à travers une période parlante (avant, pendant et après la Révolution).
    L'auteur pointe un tournant de civilisation, produit à la fois de l'apparition de nuisances et de pollutions nouvelles - en particulier chimiques -, de l'émergence d'une sensibilité sociale et de son expression inédite, et enfin de la transformation de l'attitude des autorités, dans un contexte de mutations politiques et administratives, mais aussi d'affirmation des perspectives de croissance économique.
    Il contribue ainsi à éclairer la genèse d'une des dimensions majeures de la civilisation urbaine et industrielle, et situe très précisément la question par rapport aux thématiques croissance/révolution industrielle/machinisme/artisanat dont les frontières et les articulations sont actuellement remises en cause. Thomas Leroux montre ainsi que l'émission massive de pollutions peut être liée autant aux secteurs artisanaux anciens du luxe qu'au développement d'industries lourdes ou mécanisées.

  • Le monde compte désormais près de cent quatre-vingts banques centrales, soit dix fois plus qu'au début du XXe siècle. Que cache cette inflation ? Quel est le processus qui a déterminé ce rôle prépondérant dans l'activité économique ? Historiens, économistes et banquiers centraux se sont associés dans cet ouvrage, né d'une conférence organisée par le Centre Cournot. S'attachant à décrire, dans une perspective transatlantique, l'affirmation progressive des banques centrales, ils établissent un état des lieux de leurs objectifs et de leur action, en période de croissance comme en période de crise. Aujourd'hui placées au sommet de l'activité monétaire, les banques centrales semblent avoir gagné leur indépendance sans pour autant effacer les questions qui se posent sur leurs fondements et leurs prérogatives. Ce livre y apporte des réponses claires et ouvre de nouvelles pistes de réflexion.

  • À travers La Symphonie des étoiles, Sylvie Vauclair développe une profonde réflexion sur la place de l'homme dans l'univers, sur sa relation organique avec le cosmos qui l'entoure, sur la structure harmonique du monde et, au total, se pose la question du sens de notre vie, du sens de l'existence même de l'univers, du sens de notre insertion dans l'aventure cosmique.
    Accessible à tout public, cet ouvrage dont le propos s'articule autour d'une connaissance scientifique fondamentale répond sur bien des points aux interrogations et, souvent, aux angoisses de l'homme moderne.

  • Nul n'ignore l'importance vitale, au sens strict du terme, du Soleil pour la Terre et les êtres humains. Astrophysicienne à l'observatoire Midi-Pyrénées et Professeur d'Université, Sylvie Vauclair explique avec clarté et passion le fonctionnement de cette étoile, son histoire, son évolution, sa naissance, sa mort et son influence sur nos destinées. Musicienne, ardente adepte des démarches pluridisciplinaires, elle va jusqu'à nous faire découvrir le rôle des vibrations internes incessantes du Soleil, sa « chanson ».

    Prolongeant la réflexion engagée avec La Symphonie des étoiles, Sylvie Vauclair se penche sur la place de l'homme et sa relation avec le cosmos et s'interroge sur l'harmonie de l'Univers.

  • Depuis décembre 1944, Le Monde occupe une place à part dans le système médiatique français. Dès sa fondation, Hubert Beuve-Méry, directeur du quotidien pendant un quart de siècle, proclamait sa volonté de faire un journal « indépendant des partis politiques, des puissances financières et des églises ». Très vite considéré comme le « quotidien de référence », Le Monde a su rester indépendant, même si, au cours de ses soixante années d'existence, il a connu des évolutions majeures. Alternant les périodes fastes et les périodes de crises internes, le journal et l'entreprise de presse Le Monde ont connu une histoire heurtée. À côté des ouvrages polémiques qui, récemment, ont suscité de vifs débats, ce livre porte sur Le Monde un regard distancié : celui de l'historien. Il cherche à donner à lire une véritable histoire du quotidien, de sa généalogie, de sa périodisation, parce que, comme toute collectivité humaine, Le Monde a changé, tout en s'efforçant de rester fidèle à ses valeurs fondatrices. Retracer son histoire fait appel à toutes les facettes de la discipline historique : politique, sociale, économique et culturelle. Résultat de plusieurs années de recherches dans les archives rédactionnelles et administratives, croisées avec de nombreux entretiens, cette Histoire du journal Le Monde nous fait revivre avec brio l'aventure d'un grand journal qui se transforme actuellement en groupe de presse.

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