Carnets Nord

  • évolution

    Yves Coppens

    « Les modifications anatomiques ne sont pas le propre de l'homme. Les ani- maux se transforment également. La culture fulgurante de l'homme n'est qu'un accélérateur de ce processus. [...] Notre redressement de la quadrupédie à la bipédie ne serait pas totalement abouti, d'où les claquages des sprinteurs ou des footballeurs dont l'explosion au départ fragilise les muscles ischio-jambiers. [...] Les capacités physiques de l'homme de Néandertal, petit, râblé, puissant, étaient largement supérieures à celles de nos champions d'aujourd'hui dans certaines disciplines. » Yves Coppens nous raconte l'histoire de l'homme du point de vue de l'évolu- tion des corps : le passage de la quadrupédie à la bipédie, les motivations qui ont poussé l'homme à « faire du sport », les qualités physiques, en termes d'en- durance et de résistance, de l'homme de Néandertal...
    Il réfléchit à la coévolution de la nature et de la culture et au moment où l'homme s'est mis à jouer en instituant des règles.
    Il interroge les rivalités qui semblent avoir toujours existé entre les hommes et qu'on retrouve aujourd'hui dans les jeux sportifs, souvent comparés à une forme de guerre.
    Enfin, il s'intéresse à l'évolution actuelle et future de l'homme en questionnant sa sédentarité croissante, son culte du corps et les moyens apportés par les nouvelles technologies.

  • Cultures

    Philippe Descola

    « En matière de football, chez les Achuar, en Amazonie, il ne s'agit pas du tout que l'un des camps triomphe sur l'autre. Les tactiques sont extraordinaires, tout le monde court après le ballon, y compris les gardiens de but. Le nombre de participants dans les équipes est fluctuant, cela n'a pas d'importance qu'ils soient cinq d'un côté et dix de l'autre. Ce qui compte, c'est le jeu, la capture de la balle et marquer un but. Lévi-Strauss, en commentant l'arrivée des jeux de balles chez les Gahuku-Gama en Nouvelle-Guinée, avait montré que le jeu est essentiel mais qu'il ne doit surtout pas y avoir d'inégalité au terme du jeu, car si l'un des groupes se trouve dans une situation d'inégalité, cela met en pé- ril l'ensemble de la reproduction sociale. Ceci est très commun à de nom- breuses sociétés non modernes pour lesquelles le jeu est une fin en soi. » Philippe Descola, grande figure de l'anthropologie contemporaine française, interroge notre rapport au sport au regard de la pratique qu'en ont les sociétés primitives, notamment chez les Amérindiens qu'il a longuement étudiés. Il montre de quelle manière le modèle occidental du sport de compétition, avec toutes les inégalités qu'il porte en lui, s'est imposé au reste du monde. Dans la lignée de la réflexion qu'il a menée sur le dualisme nature/culture, il s'empare de la question de l'hybridation de l'homme et de la machine et du problème plus général du corps augmenté. Et réfléchit à la place qu'aurait le sport dans l'universalisme auquel il aspire.

  • Corps

    Michel Serres

    « Le corps est intelligent, ne serait-ce que par sa capacité de mime et d'adap- tation. [...] Savoir quelque chose par corps, comme le savoir par coeur, c'est quand le corps exécute un geste sans y penser, sans qu'intervienne la cons- cience. J'appelle cela l'oubli du geste ; le geste est installé à l'intérieur de l'or- ganisme, il est dans le «noir» du corps, le corps qui est comme une boîte noire.
    Savoir un geste, c'est d'une certaine manière l'oublier. » L'intelligence du corps, « ce logiciel sur lequel on peut programmer toutes sortes de choses », est le point de départ de la réflexion que nous livre Michel Serres, avec sa vivacité d'esprit et ses tournures bien à lui, sur le corps, le jeu, le sport, dont il fait « un éloge absolument sans restriction ».

    Dans cet entretien passionnant, il mêle nombre de références et disciplines - philosophie, sciences cognitives, anthropologie, mythologie, etc. - pour célé- brer les états de grâce du sportif qui maîtrise parfaitement un geste, pour réflé- chir aux liens entre l'évolution de la technique et celle du corps humain, pour analyser le modèle de société en jeu notamment dans les sports collectifs. Et pour dénoncer l'esclavage de l'argent et de la performance à tout prix qui sont en train de tuer le sport.

    On prend grand plaisir à suivre Michel Serres dans cette balade intellectuelle où la pensée toujours en mouvement côtoie le récit de son expérience person- nelle du sport, du rugby à l'alpinisme.

  • « Un nouvel enjeu est donné au corps, au travers de la pratique sportive. Que s'est-il passé au XXe siècle ? Un recul de la transcendance. Qu'est-ce que la transcendance ? C'est penser à de l'ailleurs, à une surnature. Or la société postmoderne ne promet plus. La conversion de la transcendance s'est ainsi rabattue sur le sujet et sur le corps ».

    Georges Vigarello interroge ici le corps sportif en pointant les grandes étapes de son évolution.

    Plusieurs grandes « figures » sont mises en perspective et précisées. Le corps, antique, lieu de qualités remarquables et limitées ; le jeu ancien avec ses effervescences et ses inéluctables frontières sociales ; le corps du sport moderne aux qualités les plus diversifiées, révélant un nouvel univers performant, prolongeant les traces d'un XIXe siècle artisan de la mesure, des calculs, des évaluations. Georges Vigarello nous livre ici une véritable ontologie des multiples mises en jeu de notre propre corps dans l'espace en expansion des activités physiques et sportives.

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  • Paul Virilio compte parmi les pensées les plus singulières de l'ère contemporaine. La vitesse et l'accélération sont au coeur de sa réflexion philosophique. Le fait sportif ne pouvait donc échapper à son expertise. Il nous livre ici avec une verve incomparable, une histoire de l'homme en quête de vitesse jusqu'à l'inertie - en quête de désincarnation jusqu'à sa propre disparition. C'est aussi en qualité d'urbaniste et professeur d'architecture, qu'il décrit la ville comme un stade. La modernité de sa théorie critique de l'accélération ne dissimule pas sa nostalgie d'un sport d'antan qu'il qualifie crument l'art de la chair.

  • « Tant que j'espère atteindre la cible, je suis séparé du bonheur par l'espérance même qui le poursuit. La flèche n'est pas encore partie : je voudrais être déjà sur le podium ! Le sage, lui, n'espère pas atteindre la cible ; il veut seulement la viser bien. Or c'est ce qu'il fait. De quoi aurait-il peur ? Il est sans pression, à la fois concentré et détendu. C'est pourquoi, disent les textes zen, «il atteint un pou en plein coeur» ».

    André Comte-Sponville nous éclaire avec brio sur les vertus et limites du sport, ainsi que sur les valeurs qu'il peut incarner. Il s'agit de réconcilier l'idéal démocratique, qui suppose l'égalité de tous, avec l'idéal aristocratique et sportif, qui suppose au contraire leur inégalité (selon le principe « Que le meilleur gagne ! »).

    Il pointe ici, avec la clarté et le talent pédagogique qui le caractérisent, cette vérité décisive : nous sommes tous égaux en droit et en dignité, point en fait et en valeur. C'est ce qui distingue la démocratie du nihilisme ; et le sport, d'un simple divertissement.

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