Seuil

  • Vous souvenez-vous des couleurs de votre enfance ? Comment la couleur s'inscrit-elle dans la mémoire ? Comment est-elle capable de l'influencer ? de la stimuler ? de la modifier ? Elle-même, échappe-t-elle au travail du temps ?
    Pour tenter de répondre à ces questions, Michel Pastoureau nous propose un journal chromatique, s'étendant sur plus d'un demi-siècle.Fait de souvenirs personnels, de notations prises sur le vif, de propos débridés, mais aussi de digressions savantes ou de remarques propres au sociologue, à l'ethnologue ou au linguiste, il retrace l'histoire des couleurs en France et en Europe depuis le milieu du XXe siècle. De nombreux champs d'observation sont évoqués ou parcourus : le vocabulaire et les faits de langue, la mode et le vêtement, la vie quotidienne, le sport, la publicité, les drapeaux, la peinture, la littérature, l'histoire de l'art.

  • La rayure et les étoffes rayées sont longtemps restées en Occident des marques d'exclusion ou d'infamie. En furent notamment vêtus tous ceux qui se situaient aux marges de la société chrétienne ou bien en dehors : jongleurs, musiciens, bouffons, bourreaux, prostituées, condamnés, hérétiques, juifs, musulmans ainsi que, dans les images, le Diable et toutes ses créatures. Sans faire disparaître ces rayures très négatives, l'époque romantique voit apparaître une nouvelle forme de rayures, positives et liées aux idées nouvelles de liberté, de jeunesse et de progrès. Dans les sociétés contemporaines, ces deux types de rayures cohabitent : celles des vêtements de prisonniers, de la pègre, des lieux dangereux et celles du jeu, du sport, de l'hygiène et de la plage.

  • Bien des chemins mènent à la chambre, le sommeil, l'amour, la méditation, Dieu, le sexe, la lecture, la réclusion, voulue ou subie.
    De l'accouchement à l'agonie, elle est le théâtre de l'existence, là où le corps dévêtu, nu, las, désirant, s'abandonne. On y passe près de la moitié de sa vie, la plus charnelle, celle de l'insomnie, des pensées vagabondes, du rêve, fenêtre sur l'inconscient, sinon sur l'au-delà. La chambre est une boîte, réelle et imaginaire. Quatre murs, plafond, plancher, porte, fenêtre structurent sa matérialité.
    Ses dimensions, son décor varient selon les époques et les milieux sociaux. De l'Antiquité à nos jours, Michelle Perrot esquisse une généalogie de la chambre, creuset de la culture occidentale, et explore quelques-unes de ses formes, traversées par le temps: la chambre du roi (Louis XIV à Versailles), la chambre d'hôtel, du garni au palace. la chambre conjugale, la chambre d'enfant, celle de la jeune fille, des domestiques, ou encore du malade et du mourant.
    Puis les diverses chambres solitaires: la cellule du religieux, celle de la prison : la chambre de l'étudiant, de l'écrivain. Nid et noeud, la chambre est un tissu de secrets. Dans ce livre, Michclle Perrot contribue à l'histoire des chambres. Nuit et jour.

  • Parodie, pastiche, charge, caricature ? Laissons au lecteur le soin de caractériser d'un nom chacun des textes ici rassemblés, et qui révèlent une figure parfois ignorée de Perec, celle du savant.

  • Larchive naît du désordre. Elle prend la ville en flagrant délit. Mendiants, voleurs, gens de peu sortent un temps de la foule. Une poignée de mots les faits exister dans les archives de la police du XVIIIe siècle.
    Evidentes autant quénigmatiques, on peut tout faire dire aux archives, tout et le contraire, puisquelles parlent du réel sans jamais le décrire. Le travail dhistorien simpose donc ici dans toute sa rigueur, sa modestie.
    Ce livre qui puise son information dans les manuscrits du XVIIIe siècle, raconte également le métier dune historienne habitée par la passion des archives. Arlette Farge invite alors le lecteur à la suivre dans son plaisir quasi quotidien « daller aux archives ».

  • L'héritage n'est pas un cadeau.
    Comment recevoir des choses que l'on ne vous pas données ? comment vider la maison de ses parents sans liquider leur passé, le nôtre ? les premiers jours, je me persuadai que j'allais " ranger " et non pas " vider " la maison de mes parents. il m'arriva plusieurs fois de prononcer un verbe pour l'autre. combien sommes-nous à vivre sans en parler à personne ce deuil qui nous ébranle ? comment oser raconter ce désordre des sentiments, ce méli-mélo de rage, d'oppression, de peine infinie, d'irréalité, de révolte, de remords et d'étrange liberté qui nous envahit ? a qui avouer sans honte ou culpabilité ce tourbillon de passions ? a tout âge on devient orphelin.

  • La France est malade de son passé. Depuis 1944, le souvenir de l'Occupation n'en finit pas d'agiter la mémoire "collective". Soixante-dix ans après la fin de cette guerre civile, Vichy est encore d'actualité, dans la presse, dans le débat politique, au cinéma ou dans la littérature, dans les prétoires d'une justice constamment sollicitée. Le Syndrome de Vichy n'est pas un livre de plus sur cette époque trouble, mais l'histoire de sa difficulté résorption ou de sa survivance, celle des mythes constitutifs, du pétainisme au résistantialisme, qui ont tenté de reconstruire et travestir une réalité plus complexe que les images d'Epinal, tout en perpétuant des clivages ancestraux. L'auteur s'interroge sur la transmission comme sur la réception des représentations mouvantes et contradictoires de quatre années que certains auraient souhaité rayer de notre histoire.

  • Cette petite histoire de la musique a été réalisée à la fin de l'année 1976. Il en a été tiré cent exemplaires numérotés de 197700 à 197799.

  • Hommage personnel, écrit de circonstance, contrainte littérale : trois grandes traditions de la poésie occidentale se rejoignent dans ces Beaux présents, qui explorent de façon variée les potentialités littéraires d'alphabets restreints et poursuivent les recherches inaugurées en 1969 par Georges Perec avec son roman sans e, La Disparition.

    Renouant avec les plus anciennes joies combinatoires de l'anagramme, Georges Perec les renouvelle, les systématise et les enrichit dans l'esprit d'une féconde poétique du manque. Au-delà du déchiffrement et de l'anecdote, ces pièces de patient et amical artisanat textuel invitent à la découverte d'un lyrisme généreux autant que discret.

  • Délinquant et homosexuel revendiqué, thuriféraire de toutes les figures du mal, haï par Mauriac et la droite, encensé par Sartre, Foucault et Derrida, le personnage de Genet a toujours fasciné. Ne disait-il pas lui-même qu'il voulait élever le vol, l'homosexualité et la trahison au rang de « vertus théologales » ? Aujourd'hui, le personnage de Genet est devenu un symbole de résistance contre l'injustice et l'oppression ; mais cette vision escamote totalement l'« autre Genet », un déclassé aigri et antisémite, fasciné par les crimes de la Milice, qui compare Auschwitz à une rose merveilleuse.
    Aujourd'hui, une nouvelle approche s'impose. Les Vérités inavouables de Jean Genet se propose de déconstruire l'interprétation bien-pensante de l'oeuvre de Genet, fondée sur deux mythes : celui du bâtard proscrit dès l'enfance par la société et celui du rebelle engagé à gauche contre l'ordre établi. Cette présentation de Genet en victime totale est orientée parce qu'incomplète : aucun biographe à ce jour n'a eu accès à son dossier personnel à l'Assistance publique.
    La première partie de l'ouvrage s'appuie sur ce dossier, source exceptionnellement riche et restée inédite à ce jour (lettres autographes de Genet, lettres de sa mère, rapports de gendarmerie, expertises psychiatriques).
    Ces archives contredisent toutes les biographies existantes : loin d'avoir été un enfant martyr relégué vers la délinquance, Genet a été choyé par ses nourriciers et l'Assistance publique a plutôt bien fait son travail. La découverte de ces documents et leur exploitation scientifique permettent de reconsidérer tout le parcours de Genet sans être tributaire, comme les autres biographes, de préjugés misérabilistes.
    Le deuxième mythe qui s'attache à Genet a trait à ses engagements politiques aux côtés des opprimés et des peuples en lutte. Cette vision n'est peut-être pas fausse pour le dernier Genet, mais elle occulte le fait qu'il a été fasciné par les nazis, la figure de Hitler et les camps d'extermination depuis les années 1940 jusqu'à sa mort. Cette adhésion ne procède pas seulement d'une provocation ou d'une empathie pour les vaincus de l'histoire : l'esthétique de Genet est très proche de celle, agonistique, néo-archaïque et amorale, du nazisme hitlérien. En outre, il partage de nombreux thèmes avec les écrivains fascistes français comme Drieu La Rochelle : le besoin de l'abjection, le plaisir de la trahison, l'érotisme des troupes nazies.
    Non seulement les accointances de Genet avec l'idéal hitlérien sont nombreuses, mais elles ont été systématiquement niées et euphémisées par ses amis après la Libération. Le soutien inconditionnel de Sartre a permis de dénazifier Genet aux yeux du monde et surtout de lui attribuer le monopole de l'exclusion et de l'opprobre légitimes, au moment où les collaborateurs menaçaient de prendre sa place dans l'exécration générale. La seule subversion que ses amis autorisent alors à Genet est la glorification d'un mal expurgé de toute référence nazie et centré sur l'éloge du vol et de l'homosexualité, un mal symboliquement lucratif et politiquement inoffensif. En 1966, la bataille des Paravents met aux prises Genet et les légionnaires français ; les critiques marxistes rendent hommage au héraut des peuples en lutte. En vingt ans, Genet est passé de la révolution nazie à la révolution prolétarienne.
    Fondée sur les travaux de Bourdieu, Ricoeur et Jauss, Les Vérités inavouables de Jean Genet est une tentative d'histoire-problème dans la tradition de l'école des Annales, mais rapportée au domaine de la littérature qu'elle a beaucoup négligé. Pour cette raison, Les Vérités inavouables de Jean Genet n'est pas seulement une biographie démystificatrice ; c'est aussi un essai d'histoire sur un grand écrivain français et la réception de son oeuvre, propre à éclairer non seulement sa vie et son univers littéraire, mais plus généralement l'histoire
    culturelle de la France au XXe siècle. En apportant un éclairage totalement nouveau sur la carrière et l'oeuvre de Genet, en révélant les allégeances nazies d'un homme marqué jusqu'ici à l'extrême gauche, en adoptant une démarche originale à cheval sur plusieurs disciplines, cet ouvrage souligne bien des vérités dérangeantes.

  • Au Chaland !

    Entre historiens et anthropologues, depuis plus d'un siècle, le champ du comparatisme s'étend à perte de vue. Il est en friche. Pourquoi ? Parce que la science historique est née avec et pour la Nation, parce que les historiens d'Europe naissent encore aujourd'hui nationaux, alors que l'anthropologie s'est voulue d'emblée comparative, qu'elle n'a jamais imposé de frontière entre les sociétés d'autrefois et les cultures d'ailleurs.

    Un pamphlet ? Oui, et théorique. Pour dénoncer les mensonges et les dangers mortels de l'incommensurable, de l'incomparable des nationaux de tout poil. Pour montrer ensuite comment construire des comparables : qu'il s'agisse de voir comment des pratiques d'assemblée entre l'Ethiopie, les cités grecques et les Cosaques du XVe siècle dessinent un lieu du politique et esquissent des formes de démocratie distinctes ; ou bien quelle est l'alchimie de tant de purifications ethniques en regard de l'idéologie athénienne d'une pure autochtonie, de la représentation fantasmatique d'un Français, dit de souche, et des parcours de civilités autres qui ont choisi de séparer la terre et les morts sans avoir lu Barrès ni connu la fureur des bons Aryens.

    Comparatisme constructif, avez-vous dit ? Sans l'ombre d'une hésitation, et délibérément postdéconstructionniste.

    M. D.

  • « Ils se racontent des histoires, ceux qui se bercent de l'illusion que les maisons ont une âme à elles. Si les maisons en ont une, c'est seulement celle que forme l'ensemble des âmes de ceux qui les habitent. Jamais elles ne pourront parler à des intrus

  • ÿþLes deux êtres qui se rencontrent dans la Vienne de 1948 encore occupée par les troupes alliées, sont issus de cultures et d'horizons différents, voire opposés : Ingeborg Bachmann est la fille d'un instituteur, protestant, ayant adhéré au parti nazi autrichien avant même l'accession de Hitler à la chancellerie du Reich (1932) ; Paul Celan, né dans une famille juive de langue allemande de Czernowitz, au nord de la Roumanie, a perdu ses deux parents dans un camp allemand et a connu l'internement en camp de travail roumain pendant deux ans.Cette différence, le désir et la volonté de renouer sans cesse le dialogue par delà les malentendus et les conflits déterminent leur relation et la correspondance qu'ils échangent du premier jour, en mai 1948, où Paul Celan fait cadeau d'un poème à Ingeborg Bachmann jusqu'à la dernière lettre adressée en 1967.L'écriture est au centre de la vie de chacun des correspondants, dont les noms apparaissent dans les comptes rendus critiques, dès le début des années 1950, souvent au sein d'une même phrase, comme étant ceux des représentants les plus importants de la poésie lyrique allemande de l'après-guerre. Mais écrire n'est pas chose simple, ni pour l'un ni pour l'autre - et écrire des lettres n'est pas moins difficile. L'imperfection du dire, la lutte avec les mots, la révolte contre le mutisme, occupent une place centrale dans cet échange épistolaire.Correspondance augmentée des lettres échangées par Paul Celan et Max Frisch ainsi que par Ingeborg Bachmann et Gisèle Celan-Lestrange.Édition de Bertrand Badiou, Hans Höller, Andrea Stoll et Barbara Wiedemann.

  • Encore un livre sur le fascisme ? Oui, mais Paxton n'a pas écrit un énième ouvrage théorique. Il est parti des faits ; il retrace les genèses des mouvements fascistes ; il montre que leurs idéologies ont suivi et non précédé la lutte engagée pour la conquête du pouvoir. Son analyse porte sur l'ensemble des mouvements explicitement fascistes ou non, jusqu'à l'Irak de Saddam Hussein.
    Le fascisme en action.
    Le phénomène fasciste, phénomène clé du XXe siècle ?
    Comment naissent et meurent les fascismes.

  • * Publié la première fois en 1986, dans l'ancêtre de la « Librairie du XXIe
    siècle » (« Textes du XXe siècle » chez Hachette), Pourquoi je n'ai écrit aucun
    de mes livres ? est aujourd'hui un classique.Dans ce livre insolite autant
    qu'improbable, on découvrira 1° que le héros - à moins que ce ne soit l'auteur
    - s'interroge sur ses rapports avec les livres ; 2° qu'il se penche sur les
    raisons qui l'empêchent d'écrire, tout en lui interdisant de s'y dérober ; 3°
    qu'il ne saurait suspendre plus longtemps son désir de vivre un roman d'amour
    avec la langue française.Il ressort de tout cela que s'il n'a effectivement
    écrit aucun de ses livres, Marcel Bénabou reste l'auteur de celui-ci. * Proche
    de Georges Perec, Marcel Bénabou collabora avec lui au sein de l'OuLiPo
    (L'ouvroir de littérature potentielle) où il exerce, depuis 1970, les fonctions
    de secrétaire définitivement provisoire.

  • Si la Grande Guerre fournit le cadre chronologique à cette étude, elle n'en est pas l'objet principal.
    Frédéric Rousseau décrit une guerre à hauteur d'homme ; il s'intéresse aux êtres qui combattent en première ligne, à ceux qui non seulement affrontent les intempéries, les privations mais encore doivent concilier leur sens du devoir patriotique avec la peur de flancher, de souffrir, la peur de mourir, la peur de tuer. Comment les hommes tiennent-ils ? Telle est l'une des questions auxquelles l'auteur tente de répondre en donnant la parole à des combattants, anonymes ou célèbres, originaires des principaux pays européens en guerre.
    En portant ce regard original sur cette grande guerre européenne, par-delà les drapeaux et les uniformes, Frédéric Rousseau dégage ainsi une véritable Communauté européenne de la souffrance.

  • Quel a été le rôle des organisations syndicales dans l'évolution de la société française depuis un siècle ? Comment analyser la désyndicalisation contemporaine ? Ce livre propose de répondre à ces questions en partant d'un moment fondateur de l'histoire syndicale : le congrès de la CGT, à Amiens, en 1906.

    À travers l'histoire du syndicalisme français, c'est une autre histoire qui s'écrit, celle qui se joue dans la rue, dans les ateliers et les bureaux, dans des salles de meetings et de congrès et, depuis 1968, dans les grand-messes de la négociation collective.

    Cette histoire met en valeur d'incontestables succès mais aussi de retentissants échecs, qui se paient par une désaffection syndicale, dont les auteurs analysent ici les raisons et les motivations profondes.

  • Nous sommes peu de temps après mai 68. Les sciences humaines bouillonnent. En 1972, Paul Flamand demande à Hubert Damisch sa Théorie du nuage : un ouvrage devenu depuis un classique, traduit en plusieurs langues.1972-2012 : c'était donc il y a quarante ans, Hubert Damisch ouvrait un commerce inédit dans le champ des sciences humaines, en même temps qu'il y introduisait un nouveau type d'objet théorique. La Théorie du nuage fut un succès au moins relatif (près de 12 000 exemplaires) qui connaît aujourd'hui un regain avec la vogue du Cloud Computing - l'informatique en nuage.C'est le moment que choisit Damisch pour réitérer l'opération sous une autre forme. Quel lien peut-il y avoir entre le " marchand de nuages ", cher au Baudelaire du Spleen de Paris, et ce nouveau Messager des îles ? La question est au centre d'un livre au style très différent. Là où naguère il lui semblait impossible de traiter de pareils objets sans l'assistance de la " théorie ", l'auteur développe, à l'aide de courtes fictions, de souvenirs d'enfance, de guerre, et de voyages, aussi bien que de multiples lectures et citations, un dispositif qui équivaut à une hypothèse en forme de question : un discours est-il même concevable sur les îles, avec elles ou entre elles ?

  • Les orphelins de saint Vincent de Paul, les pupilles de l'Assistance publique et les enfants de la DDASS incarnent le dénuement des petites victimes face à la dureté des hommes. Les figures du Petit Poucet et de Cosette, délaissés tout jeunes par leurs parents, peuplent notre imaginaire. Aujourd'hui, l'abandon d'enfants n'existe quasiment plus en France ; pourtant, au début du XIXe siècle, ce sont 30 000 nouveau-nés qui étaient recueillis chaque année par les hospices. Dans les villages où ils étaient placés, le quotidien des 'bâtards' était bien souvent marqué par le froid, la faim, la maladie et la honte. Renouant avec l'optimisme de la Révolution française, la Troisième République a eu la volonté de mettre un terme à cette situation ; mais l'égalité des chances est restée un mirage. Cette ambition manquée engage l'historien à ressusciter un univers de filles-mères, de meneurs, de nourrices, de gratte-papier, qui tous vivaient de la circulation des enfants sans famille, cette industrie à la fois humanitaire et cruelle. En faisant entendre les voix qui vibrent dans les archives, Ni père ni mère tente de comprendre l'expérience du vivre-sans-parents, où se mêlent sentiment d'humiliation, solitude et liberté.

  • A l'aube de notre civilisation, on trouve une grande déesse préhistotique mère des dieux et des hommes.
    Psychanalystes, anthropologues et féministes se sont passionnés pous cette figure de mère archaïque, à l'origine des théories d'un matriarcat universel. Mais où se trouve donc, dans la documentation historique, la Mère des dieux ? S'agit-il d'une Déméter sauvage ou de Cybèle entourée de son cortège de prêtres eunuques ? ET la Vierge Marie est-elle l'héritière monothéiste de ces cultes polythéistes qui sont nés au confluent du vieil Orient, de l'Anatolie et de la Grèce archaïque avant de se retrouver à Rome ?
    S'appuyant sur une documentation riche et cohérente, qui va du IIè millénaire au IVè siècle de l'ère chrétienne, Philippe Borgeaud s'inscrit résolument dans une démarche historique.
    Montrant l'inanité des théories qui ont, depuis plus d'un siècle, créé une nébuleuse universelle emprisonnant la figure de la déesse archaïque, l'auteur restitue la Mère des dieux à sa pluralité archéologiquqe.
    Entre richesse symbolique et rigueur historique, Borgeaud invite à repenser la complexité de la figure maternelle dans les sociétés anciennes aux origines de la chrétienté.

  • C'est en 1946, dans un film d'orson welles, qu'apparaissent pour la première fois dans le cinéma commercial des images de la barbarie concentrationnaire nazie.
    Il faudra attendre shoah de claude lanzmann, en 1985, pour que se fasse jour une nouvelle façon d'user de la caméra comme de l'instrument même de la prise de parole. a travers une suite d'essais comparatifs dont le champ va s'étendant aux autres arts, à commencer par la peinture, hubert damisch s'emploie à montrer comment le cinéma ne sera enfin devenu parlant qu'en passant par ce qui prend ici le nom de " montage du désastre ".
    Mais comment parler de montage, comment parler d'" images ", là où l'excès, le débord du réel sur toute visée représentative ou documentaire est à ce point abyssal ?

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