9782743622060

  • Reprenant en 1821 le titre du traité de Sir Philip Sidney écrit au XVIe siècle, Shelley en modernise le contenu et les perspectives. Traducteur aguerri de Platon, Shelley en renouvelle la pensée à la lumière des acquis de l'empirisme anglais, contribuant ainsi à cette seconde Renaissance que fut le Romantisme.

    Le texte débute par une description méticuleuse des facultés de l'esprit, et notamment de la reine d'entre elles : l'imagination. De ce point de vue, tous les hommes sont des poètes, en tant qu'ils éprouvent le besoin d'exprimer et de reproduire leurs émotions dans un certain ordre, avec un certain rythme, et qu'ils tirent de ces conditions un certain plaisir.
    Si le poète est l'homme imaginatif par excellence, son influence sur les lecteurs et sur toute la société sera déterminante, quoique imperceptible à l'oeil nu. Shelley retrace ainsi, dans toutes leurs variations, la place et le poids cachés des grands poètes à travers l'histoire, d'Homère à Milton en passant par Dante.
    Cette influence n'est pas qu'esthétique, mais ègalement morale et même cognitive : nous voyons ainsi se dérouler la réhabilitation méthodique d'une pratique jugée jusqu'alors purement divertissante ou décorative, célébrée ici comme libératrice des moeurs et révélatrice de vérité. Écrit dans un style d'une grande rigueur logique et conceptuelle, ce pamphlet laisse également fuser des aphorismes et des métaphores dignes des plus rares visions de son auteur : aux confins de l'imagination et de la raison, il incarne ainsi la thèse défendue dans ses lignes : les grands poètes sont pour la plupart de grands philosophes.

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