• « En 1841, dans son discours de réception à l'Académie française, Victor Hugo avait évoqué la «populace» pour désigner le peuple des quartiers pauvres de Paris. Vinçard ayant vigoureusement protesté dans un article de La Ruche populaire, Hugo fut très embarrassé. Il prit conscience à ce moment-là qu'il avait des lecteurs dans les milieux populaires et que ceux-ci se sentaient humiliés par son vocabulaire dévalorisant. Progressivement le mot «misérable», qu'il utilisait au début de ses romans pour décrire les criminels, changea de sens et désigna le petit peuple des malheureux. Le même glissement de sens se retrouve dans Les Mystères de Paris d'Eugène Sue. Grâce au courrier volumineux que lui adressèrent ses lecteurs des classes populaires, Eugène Sue découvrit les réalités du monde social qu'il évoquait dans son roman. L'ancien légitimiste se transforma ainsi en porte-parole des milieux populaires. Le petit peuple de Paris cessa alors d'être décrit comme une race pour devenir une classe sociale. » La France, c'est ici l'ensemble des territoires (colonies comprises) qui ont été placés, à un moment ou un autre, sous la coupe de l'État français. Dans cette somme, l'auteur a voulu éclairer la place et le rôle du peuple dans tous les grands événements et les grandes luttes qui ont scandé son histoire depuis la fin du Moyen Âge : les guerres, l'affirmation de l'État, les révoltes et les révolutions, les mutations économiques et les crises, l'esclavage et la colonisation, les migrations, les questions sociale et nationale.

  • Le Creuset français est désormais un « classique » sur l'immigration. Dans le débat passionnel que suscite ce thème, Gérard Noiriel fait entendre la voix de l'histoire et de la raison. Il propose de rendre compte de l'immigration dans son ensemble, sans s'en tenir aux seuls cas particuliers. L'immigration n'est pas un fait extérieur mais un problème interne à la société française contemporaine.

    Prendre au sérieux la diversité des origines de la population actuelle de la France, c'est adopter un autre point de vue sur son passé, c'est écrire autrement son histoire, en tentant d'analyser à nouveaux frais les impensés de la politique républicaine : quelle place faire à la question des « origines », au « sentiment d'appartenance » ? Quel rôle jouent le déracinement et les déracinés dans la constitution d'une société ? Quelles relations instaurer entre l'État et les individus ?

  • La place de plus en plus grande qu'occupe Éric Zemmour dans le champ médiatique et dans l'espace public français suscite l'inquiétude et la consternation de bon nombre de citoyens. Comment un pamphlétaire qui alimente constamment des polémiques par ses propos racistes, sexistes, homophobes, condamnés à plusieurs reprises par la justice, a-t-il pu acquérir une telle audience au sein des élites qui par ailleurs ne cessent de célébrer les « valeurs républicaines » ? Les critiques de Zemmour voient dans son ascension une dérive de notre démocratie qui rappelle les pages sombres de notre histoire. Mais, jusqu'ici, aucune étude sérieuse n'était venue étayer cette affirmation.

    C'est cette lacune que le présent livre a pour but de combler, en replaçant le cas Zemmour dans une perspective historique qui prend comme point de départ les années 1880, période où se mettent en place les institutions démocratiques qui nous gouvernent encore aujourd'hui. Il cible ainsi un pamphlétaire d'extrême droite ayant un profil comparable à celui de Zemmour : Édouard Drumont, le chef de file du camp antisémite à la fin du XIXe siècle. Tous deux viennent d'un milieu populaire, étaient « de gauche » dans leur jeunesse et ont ensuite dérivé vers l'extrême droite, en devenant de véritables leaders d'opinion. Tous deux ont acquis leur notoriété pendant des périodes de crise économique et sociale, marquées par un fort désenchantement à l'égard du système parlementaire.

    Gérard Noiriel analyse leurs écrits, en s'intéressant aux cibles qu'ils privilégient (étrangers, femmes, intellectuels de gauche, etc.), en insistant sur les formes différentes que ces discours ont pris au cours du temps (car les lois antiracistes interdisent aujourd'hui de proférer des insultes aussi violentes que celles de Drumont). Il accorde également une grande importance à la réception de leurs écrits dans l'espace public. Qui les a soutenus ? Avec quels arguments ? Mais aussi qui les a combattus et comment ?

    Par son approche historique et comparatiste, ce livre met en lumière une matrice du discours réactionnaire, et tente d'apporter une réponse à ceux qui se demandent quelle est aujourd'hui la manière la plus efficace de combattre toute cette démagogie populiste.

  • Ce livre met en valeur les caractères originaux du processus de formation de la classe ouvrière au sein de la société française.
    Ouvriers de l'artisanat urbain et ouvriers-paysans ont pu éviter le déracinement jusqu'à la fin du xixe siècle, en s'opposant efficacement aux mutations économiques irréversibles. la deuxième vague d'industrialisation a brisé cette logique en assurant le triomphe des grandes usines, des banlieues et des rigidités du rapport salarial. la première guerre mondiale, la rationalisation du travail et l'immigration massive ont donné naissance à un nouveau monde ouvrier, sans liens avec le précédent, marginalisé jusqu'au front populaire, moment de son irruption sur la scène politique et de son intégration dans la société française.
    Les travailleurs de la grande industrie (le " métallo ") dominent la scène sociale et politique dans les décennies qui suivent la seconde guerre mondiale. la crise actuelle se traduit par la marginalisation de ce groupe ouvrier et par l'éclatement du monde du travail.

  • « Au début des années cinquante, il y a décidément quelque chose de changé à Longwy. L'unité du mouvement s'illustre par la mobilisation de toutes les catégories ouvrières. Pour la première fois les divisions ethniques n'ont pas joué. Français et Italiens ont lutté côte à côte. Par ces grèves, la deuxième génération italienne signe son entrée dans la «vie active». Ils n'ont pas oublié l'exploitation particulièrement féroce qu'ont subie leurs parents. Dès lors, il faut voir dans les luttes de l'aprèsguerre comme une manière pour ces enfants devenus grands de réaliser ce qu'on avait toujours interdit à leurs parents : exprimer enfin publiquement et collectivement leur haine pour un système qui les avait toujours complètement niés en tant qu'individus, en tant que citoyens, en tant que producteurs. » Le bassin de Longwy, en Lorraine, est doublement singulier : c'est là qu'on trouvait la plus forte concentration d'usines sidérurgiques au monde, et c'est là aussi qu'à partir du début du XXe siècle se trouvait la plus forte concentration de population étrangère en France.
    En 1984, en retraçant un siècle d'histoire industrielle et ouvrière à Longwy, de la première coulée jusqu'à la fermeture des aciéries, Gérard Noiriel a ouvert la voie à l'histoire de l'immigration. Le fil conducteur de ce livre pionnier est la question de la formation d'une identité collective ouvrière. Au tournant du XXe siècle, l'immigration massive - surtout italienne - et la rationalisation forcée du travail dans les usines débouchent sur un clivage entre les travailleurs du cru et les étrangers. Puis, tandis que le paternalisme qui jouait sur ces divisions décline, l'expérience des luttes du Front populaire et de la Résistance donne naissance, après 1944, à un groupe ouvrier puissant et soudé autour de l'engagement communiste. Gérard Noiriel montre qu'à Longwy, c'est à travers l'identification à la classe ouvrière que s'est faite l'inclusion dans la nation.
    Cette réédition éclaire de manière décisive la question des rapports entre classes sociales et immigration.

  • Après Abdennour Bidar, Gilles Kepel, Pierre Rosanvallon et Michel Wieviorka, invités par le Dé- partement de la Haute Garonne les années précédentes, Gérard Noiriel, spécialiste de l'histoire de l'immigration en France, a abordé lors d'une coférence en décembre 2020 la question des « valeurs progressistes de la République et du rôle civique de la science et de la culture pour combattre les discours de haine ». Une réflexion menée de concert avec le public sur les violences et l'extrémisme au quotidien et dont ce livre reprend le contenu intégral entièrement revu par l'auteur.

  • À la suite d'Une histoire populaire des États-Unis, le livre monumental de Howard Zinn traduit en 2002, l'Histoire populaire de la France de Gérard Noiriel aborde l'histoire « par en bas » en partant du quotidien et des luttes de ceux qui forment le peuple.

  • Le 17 août 1893, dans les marais salants d'Aigues-Mortes où la récolte du sel rassemblait des centaines de travailleurs français et italiens, s'est déroulé le plus sanglant «  pogrom  » (au sens d'une population majoritaire s'acharnant sur une minorité) de l'histoire française contemporaine  : des émeutes entre ouvriers ont provoqué la mort d'au moins 8 Italiens et fait plus de 50 blessés. En dépit des preuves accablantes réunies contre eux, les assassins français furent tous acquittés. L'Italie et la France, au bord de la guerre, ont finalement préféré enterrer l'affaire afin de préserver la paix.
    Spécialiste reconnu de l'immigration et de la question nationale, Gérard Noiriel rouvre ce douloureux dossier et explique pourquoi les mutations politiques et économiques de la fin du xixe siècle ont rendu un tel massacre possible. En accomplissant avec brio son «  devoir d'histoire  », il donne enfin à cet événement sa juste place dans notre mémoire collective.
      Prix Augustin Thierry des Rendez-vous de l'Histoire de Blois.
      Historien, Gérard Noiriel est directeur d'études à l'EHESS.

  • Que signifie le mouvement des «?Gilets jaunes?»?? Que représente-t-il?? Que pouvons-nous, que devons-nous faire de ce mouvement, de ses revendications?? Quel rôle ont joué les médias, les réseaux sociaux, dans son essor?? Quel ­avenir peut-il avoir, compte tenu notamment de la ­disparité de ses membres??
    «?Les querelles sur la pertinence de la notion de «France périphérique» ou sur le sens à donner au mot «peuple» témoignent d'abord d'un retour de la question sociale, comme l'illustre cet entretien avec Gérard Noiriel. Or une grande partie de ­l'intelligentsia l'avait mise de côté, voire ­discréditée au profit d'une focalisation sur la question de l'identité. À force de n'être «pas la cause de tout», les conditions sociales n'étaient plus la cause de rien. Les voilà qui reviennent, pour le meilleur et pour le pire, entre émancipation et réaction.?» Nicolas Truong

  • La question de « l'identité nationale » a été remise au centre de l'actualité politique par Nicolas Sarkozy, pendant la campagne électorale des présidentielles. Devenu chef de l'État, celui-ci a créé un « ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale », ce qui est un fait sans précédent dans l'histoire de la République française. Huit historiens ont aussitôt démissionné de la Cité nationale de l'histoire de l'immigration pour protester contre ce ministère, estimant que cet intitulé ne pouvait que conforter les préjugés négatifs à l'égard des immigrés. La pétition qu'ont lancée ces historiens a été signée par plus de 10 000 citoyens en moins d'une semaine, et des universitaires du monde entier se sont associés à cet appel.
    Gérard Noiriel explique les raisons de ce mouvement. Il montre que la logique identitaire, née au XIXe siècle, a depuis constamment alimenté les discours nationalistes. Il rappelle que, au cours des années 1980, c'est Jean-Marie Le Pen qui a popularisé, dans l'espace public, l'expression « identité nationale » pour stigmatiser les immigrés. Analysant de façon minutieuse les usages de cette formule dans le discours du candidat Sarkozy, il donne des éléments pour éclairer les nouvelles stratégies aujourd'hui à l'oeuvre dans le champ politique.

  • C'est l'histoire d'un jeune esclave, né à La Havane vers 1868, qui fuit son destin jusqu'à Bilbao et, après bien des aventures, finit par débarquer à Paris en 1886. Les Noirs sont alors rares dans les rues de la capitale, même si les familles nobles aiment les exhiber dans leur suite. Sur les pistes de cirque, en plein essor, il n'y en a aucun. Celui que les Parisiens surnommeront "Chocolat", parce qu'il n'a pas d'état civil, y deviendra célèbre, mais mourra dans la misère après avoir tenté de devenir comédien.
    Cette histoire est aussi celle d'une enquête qui aura duré six ans pour réhabiliter le premier artiste noir de la scène française. Ecrire la biographie de Chocolat avec si peu de sources disponibles était un défi que Gérard Noiriel a relevé, en conjuguant les apports des sciences sociales et de la littérature. A rebours des idées reçues, Chocolat prouve avec brio que la résistance peut passer par le rire.

  • Les réformes de la IIIe République provoquent la séparation du savant et du politique, créant un " vide " dans l'espace public que les " intellectuels " vont chercher à occuper.
    Le terme s'impose au moment de l'affaire Dreyfus pour désigner l'ensemble hétéroclite des universitaires, politiques et journalistes qui défendent une définition progressiste de la République. Ils énoncent ainsi la fonction qui restera celle de l'intellectuel tout au long du xxe siècle : dire la vérité au pouvoir au nom des opprimés, mais sans avoir été mandatés par quiconque pour le faire. Quelle est la mission politique de ceux qui font métier de savant? La réponse de Gérard Noiriel prend la forme d'une longue enquête qui s'attache, entre autres, aux figures de Charles Péguy, Paul Nizan, Jean-Paul Sartre, jusqu'à celles de François Furet, Pierre Bourdieu et Jacques Rancière.
    Il s'agit avant tout de proposer une manière d'évaluer comment les intellectuels jouent leur partition dans le débat public.

  • Vingt ans après Le Creuset français, livre qui a ouvert la voie à l'histoire de l'immigration en France, Gérard Noiriel présente ici un bilan des recherches menées sur cette question depuis deux décennies. Pour la première fois, l'immigration étrangère, l'émigration coloniale et l'évolution du droit d'asile sont appréhendées dans une réflexion globale, qui permet d'éclairer les enjeux du débat actuel sur l'immigration « choisie », l'« intégration » et les « discriminations ».

    L'analyse détaillée des discours publics sur ce sujet que nous livre l'auteur met en évidence les stéréotypes dont les immigrants ont été victimes pendant plus d'un siècle et le rôle que ces représentations négatives ont joué dans le développement de l'antisémitisme et du racisme.

    Gérard Noiriel plaidait depuis longtemps pour qu'un lieu de mémoire rappelle que, tout au long du XXe siècle, la France a été l'un des tout premiers pays d'immigration au monde. Avec l'ouverture de la Cité nationale de l'histoire de l'immigration, cet aspect de notre histoire contemporaine entre enfin dans la mémoire collective républicaine. Mais l'auteur nous met en garde contre les finalités de ce nouvel espace mémoriel qui, plus que fixer l'histoire, doit aussi permettre de faire reculer l'intolérance à l'égard des immigrants d'aujourd'hui et contribuer à l'éducation civique de tous les citoyens, y compris ceux qui aspirent à représenter le peuple français.

  • On sait d'expérience que les démonstrations produites par les sciences de l'homme et de la société ont très peu d'impact sur les gens.
    On peut mobiliser toutes les études pour démontrer la " stupidité " du racisme, on ne parviendra pas pour autant à convaincre quiconque d'abandonner ses préjugés. pour être efficace, il faut que la raison rencontre l'émotion. ce qui est prouvé dans la recherche doit être éprouvé par le public. ce sont des auteurs de théâtre, principalement diderot et brecht, qui ont poussé le plus loin la réflexion sur cette dialectique de l'intellect et du sentiment.
    Ils ont plaidé pour un théâtre politique dont la fonction n'est pas de parler à la place des citoyens mais de leur fournir des armes pour mieux résister aux médias et au pouvoir d'etat. depuis l'affaire dreyfus, les intellectuels ont joué pleinement leur rôle dans la vie publique lorsque les artistes et les savants sont parvenus à travailler et à agir ensemble. ceux qui s'interrogent aujourd'hui sur la crise du théâtre public gagneraient à réfléchir sur ce constat.

  • L'article 20 de la constitution de 1793, qui stipule que le peuple français « donne asile aux étrangers bannis de leur patrie pour la cause de la liberté » marque le point de départ de la conception moderne du droit d'asile. Mais l'auteur montre comment sa mise en oeuvre a été le résultat d'un compromis entre les porte-parole d'une définition abstraite, universelle et les tenants d'une limitation de la générosité publique, d'un repli sur l'identité nationale. Ce livre éclaire ainsi les sources des contradictions actuelles. Aujourd'hui, les demandeurs d'asile n'ont jamais été aussi nombreux. Venus pour la grande majorité des pays pauvres, ils doivent produire des preuves des persécutions qu'ils ont subies le plus souvent impossibles à fournir. Peut-on alors invoquer les droits de l'homme pour poursuivre une politique fondée sur l'hypocrisie d'État sans aggraver encore le discrédit dont souffrent les idéaux démocratiques ?


  • la socio-histoire est un courant de recherche qui s'est développé depuis une quinzaine d'années, en combinant les principes fondateurs de l'histoire et de la sociologie.
    ce livre retrace la genèse des relations longtemps tumultueuses entre ces deux disciplines. il rappelle la dimension historique de l'oeuvre des grands sociologues, d'emile durkheim à pierre bourdieu en passant par max weber et norbert elias, et souligne la contribution que les historiens ont apportée à la connaissance du monde social, dans le sillage des annales. l'ouvrage explique ensuite en quoi consiste la démarche propre à la socio-histoire en insistant sur deux aspects essentiels : l'étude du passé dans le présent et l'analyse des relations à distance qui lient entre eux un nombre sans cesse croissant d'individus.
    les grands problèmes actuels, comme la mondialisation du capitalisme, la bureaucratisation des etats ou l'emprise des médias, sont placés au coeur de la réflexion. les aspects méthodologiques sont abordés concrètement, grâce à de nombreux exemples portant sur des questions économiques, sociales, politiques et culturelles.

  • 2015 en France. Les attentats qui font 17 victimes sont suivis d'un élan national sans précédent mais aussi de profondes interrogations sur le sentiment d'appartenance nationale. Une partie de la population des quartiers se sent hors de l'union nationale.
    Il est temps de reprendre la question posée par Ernest Renan, qui en 1882 formulait l'idée qu'une nation repose à la fois sur un héritage passé, qu'il s'agit d'honorer, et sur la volonté présente de le perpétuer. Un historien reconnu pour ses travaux sur l'histoire de l'immigration, fondateur du musée qui lui est dédié, auteur de nombreuses conférences à destination de collégiens et lycéens, apparaît légitime pour traiter de cette difficile question et défendre une vision de la nation avec force et prudence à la fois.
    Car en effet, il est crucial de maintenir cette question ouverte, de la transmettre ainsi aux jeunes, et de leur apprendre l'importance d'une identité commune partagée comme la méfiance vis-à-vis de toutes les tentatives de réponse figée.

  • Les mutations récentes qu'a connues l'histoire comme discipline (tant sur la plan des pratiques que sur le plan du savoir), mais aussi l'arrivée sur le devant de la scène d'une nouvelle génération d'historiens soucieux de se démarquer de la précédente, nourrissent les interrogations de la profession sur son identité et sur son avenir.
    Gérard Noiriel mesure l'ampleur structurelle de cette «crise» en la situant dans le prolongement des relations contradictoires que l'histoire entretient avec la philosophie. Contestant l'idée que le «retour du récit» pourrait résoudre les difficultés actuelles, l'auteur nous invite à relire le «testament» de Marc Bloch - Apologie pour l'histoire - afin d'y puiser les matériaux nécessaires à l'élaboration d'une définition «pragmatiste» de la discipline. La réflexion sur la connaissance historique est conçue ici comme un travail collectif de clarification des pratiques de recherche visant à mieux comprendre, donc à mieux maîtriser, les activités de savoir, de mémoire et de pouvoir qui entrent dans l'exercice du «métier d'historien».

  • Identifier une personne, c'est la reconnaître comme un individu unique, un être autonome, avec lequel il est possible d'entrer en relation.
    L'identification apparaît ainsi comme l'une des modalités fondamentales du lien social, car les individus ne peuvent nouer des rapports entre eux que s'ils se distinguent les uns des autres (y compris dans la cellule de base que constitue la famille). depuis quelques d'années le nombre d'études consacrées à la question de l'identification des personnes a connu une progression exponentielle, à tel point qu'il n'est pas exagéré de dire que ce thème est devenu aujourd'hui un objet autonome de la recherche en histoire et en sciences sociales.
    Les textes rassemblés ici donnent un bon aperçu du dynamisme de ce nouveau chantier. le problème n'est plus, désormais, de s'interroger sans fin sur la définition de "l'identité" dans les différentes "cultures", mais d'étudier les pratiques concrètes et les techniques d'identification "à distance", en les envisageant comme des relations de pouvoir mettant en contact les individus qui ont les moyens de définir l'identité des autres et ceux qui sont les objets de leurs entreprises.
    Les chercheurs n'ont pas attendu la fin du xxe siècle pour s'intéresser à cette question, mais l'une des originalités de ce livre tient à la perspective de très longue durée qui a été adoptée. elle tranche sur des approches qui, jusqu'ici, étaient restées focalisées sur l'époque contemporaine.

  • Le régime de Vichy marque-t-il une rupture profonde dans l'histoire contemporaine de la France ou faut-il y voir le prolongement des dérives de la IIIè République ? Question fondamentale que G. Noiriel reformule en montrant dans quelle mesure le passé républicain a marqué le présent de Vichy, sans que les acteurs en aient forcément conscience. L'auteur reprend des dossiers considérés aujourd'hui comme clos (la législation raciale, le problème du "fichier juif"...) et il les remet en perspective dans la longue durée. L'étude minutieuse des formes juridiques de discrimination à l'encontre des Français d'origine étrangère permet ainsi de mieux comprendre comment les partisans de la "Révolution nationale" ont pu légitimer leur politique tout en continuant à se réclamer de la République.
    /> Pour éclairer cette période sombre, mettre en cause la responsabilité des individus ne suffit pas. Il faut aussi s'interroger sur les origines structurelles de Vichy. Telle est la nouveauté de ce livre qui ne manquera pas de susciter un débat sur la nature de l'Etat républicain et ses contradictions.

    Gérard NOIRIEL Directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales, il est l'auteur notamment du Creuset français : histoire de l'immigration, XIXe-XXe siècle, Le Seuil, 1988 ; La Tyrannie du national (réed. Pluriel, Hachette littératures, 1988, sous le titre Réfugiés et sans papiers. La République face au droit d'asile) et Sur la crise de l'Histoire (Belin, 1996).

  • Depuis plusieurs années, le travail de Nicholas Thomas joue un rôle majeur dans le renouvellement de l'anthropologie.
    Dans Hors du temps, il analyse et critique l'oubli des processus historiques dans les textes classiques de l'anthropologie, qui préfèrent mettre l'accent sur la cohérence et la reproduction d'une culture, d'une société ou d'un système traditionnel qu'étudier les dynamiques sociales.
    L'auteur montre notamment à partir d'exemples choisis dans les îles du Pacifique, comment en se professionnalisant et en privilégiant l'enquête de terrain ethnographique, l'anthropologie a exclu de son champ les écrits non-professionnels tels que ceux des missionnaires, des administrateurs ou des explorateurs.
    Pour sortir de ce paradigme classique, il est nécessaire, selon lui, de redéfinir l'objet de l'anthropologie en mettant au coeur de l'analyse les transformations et les processus sociaux qui affectent un système plutôt qu'une structure intemporelle.
    Nicholas Thomas dessine dans cet ouvrage les linéaments de cette nouvelle anthropologie historique en proposant notamment une interprétation originale de l'histoire précoloniale des îles Marquises.

  • 1re édition : Seuil, 1988. Enrichi d'une préface faisant le point sur les dernières
    années et les événements récents. On estime que le tiers de la population vivant aujourd'hui en France a des « ancêtres » immigrés plus ou moins proches. Cependant, jusqu'à ce livre, aucun historien n'avait réellement abordé le sujet de l'immigration.
    Contrairement à ceux qui affirment que l'immigration est un problème
    « nouveau », ce livre montre l'aspect répétitif du phénomène : déracinement, instabilité, isolement et xénophobie sont le lot de toutes les « premières générations », depuis le XIXe siècle. Toutes les « deuxièmes générations » ont également été confrontées aux difficultés d'intégration que rencontrent aujourd'hui les « Beurs ».C'est cette « face cachée » de l'histoire de France qui est ici restituée, depuis la période révolutionnaire jusqu'aux dernières décennies.

  • Au nom des grandes figures historiques de l'engagement intellectuel, celles de Charles Péguy, de Jean-Paul Sartre, de Michel Foucault et de Pierre Bourdieu, Gérard Noiriel revisite l'histoire glorieuse des intellectuels en France en ouvrant des perspectives nouvelles à tous ceux qui se refusent à renoncer au combat en faveur de la Vérité et de la Justice, et tiennent à faire entendre la voix des damnés de la terre.

  • Gérard Noiriel met en oeuvre, dans ce livre, les outils de la socio-histoire pour éclairer les grandes questions qui ont été au centre de l'actualité depuis vingt ans : la crise du mouvement ouvrier, les problèmes de l'immigration, la recrudescence du nationalisme, la place de l'Etat dans la société...
    En s'appuyant sur Max Weber, Norbert Elias, Michel Foucault et Pierre Bourdieu, il ouvre une réflexion sur l'histoire du pouvoir qui est aussi une invitation au débat : " Le souci de dresser un bilan des connaissances accumulées dans le domaine de la recherche naît lorsque s'impose le sentiment que la conjoncture a changé et qu'il devient difficile pour les plus jeunes de se faire une idée du contexte dans lequel leurs prédécesseurs ont été formés et les enjeux auxquels ils ont été confrontés.
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