Seuil

  • De livre en livre, Ivan Jablonka ouvre des voies nouvelles. Avec une audace et une créativité peu communes, il invente ses sujets et ses formes. Après Laëtitia, après En camping-car, il explore sa « garçonnité » dans les années 1970-1980, s'interrogeant sur le « nous-garçons » et les frontières incertaines entre masculin et féminin.
    De sa famille au service militaire en passant par l'école, il raconte sa formation au fil d'une enquête souvent poignante, parfois drôle - toujours passionnante - où beaucoup pourront se reconnaître. Car cette « autobiographie de genre » dévoile une intimité à la fois individuelle, sociale et politique : l'histoire d'une génération. Avec une honnêteté troublante, Ivan Jablonka analyse le « malaise dans le masculin » qui fut le sien, restituant le vif et l'éclat de l'enfance dans ses enthousiasmes, ses émois et ses peines.

  • Comment empêcher les hommes de bafouer les droits des femmes ? En matière d'égalité entre les sexes, qu'est-ce qu'un « mec bien » ? Il est urgent aujourd'hui de définir une morale du masculin pour toutes les sphères sociales : famille, entreprise, religion, politique, ville, sexualité, langage. Parce que la justice de genre est l'une des conditions de la démocratie, nous avons besoin d'inventer de nouvelles masculinités : des hommes égalitaires, en rupture avec le patriarcat, épris de respect plus que de pouvoir. Juste des hommes, mais des hommes justes.

  • Dans la nuit du 18 au 19 janvier 2011, Laëtitia Perrais a été enlevée à 50 mètres de chez elle, avant d'être poignardée et étranglée. Il a fallu des semaines pour retrouver son corps. Elle avait 18 ans.Ce fait divers s'est transformé en affaire d'État : Nicolas Sarkozy, alors président de la République, a reproché aux juges de ne pas avoir assuré le suivi du « présumé coupable », précipitant 8 000 magistrats dans la rue, en février 2011. Mais Laëtitia Perrais n'est pas un fait divers. Comment peut-on réduire la vie de quelqu'un à sa mort, au crime qui l'a emporté ? Pendant deux ans, Ivan Jablonka a rencontré les proches de la jeune fille, sa soeur jumelle, ses parents, ses amis, les responsables des services sociaux, ainsi que l'ensemble des acteurs de l'enquête, gendarmes, juges d'instruction, procureurs, avocats et journalistes, avant d'assister au procès du meurtrier, en octobre 2015. De cette manière, Ivan Jablonka a pu reconstituer l'histoire de Laëtitia. Il a étudié le fait divers comme un objet d'histoire, et la vie de Laëtitia comme un fait social. Car, dès sa plus jeune enfance, Laëtitia a été maltraitée, accoutumée à vivre dans la peur, et ce parcours de violences éclaire à la fois sa fin tragique et notre société tout entière : un monde où les femmes se font harceler, frapper, violer, tuer.

  • Le camping-car nous a emmenés au Portugal, en Grèce, au Maroc, à Tolède, à Venise. Il était pratique, génialement conçu. Il m'a appris à être libre, tout en restant fidèle aux chemins de l'exil. Par la suite, j'ai toujours gardé une tendresse pour les voyages de mon enfance, pour cette vie bringuebalante et émerveillée, sans horaires ni impératifs. La vie en camping-car.
    I. J.

    Dans ce livre, Ivan Jablonka esquisse une socio-histoire de son enfance, transformant l'autobiographie en récit collectif, portrait d'une époque.

  • " Je suis parti en historien sur les traces des grands-parents que je n'ai pas eus. Matès et Idesa Jablonka sont autant mes proches que de parfaits étrangers. Leur vie s'achève longtemps avant que la mienne ne commence. Ils ne sont pas célèbres. Ils n'ont rien dit ou fait de mémorable. Ils ont été emportés par les tragédies du XXe siècle : le stalinisme, la Deuxième Guerre mondiale, la destruction du judaïsme européen.Pour écrire ce livre, à la fois oeuvre d'histoire et biographie familiale, j'ai exploré une vingtaine de dépôts d'archives et rencontré de nombreux témoins, en France, en Pologne en Israël, en Argentine, aux États-Unis. J'ai cherché à être non pas objectif - cela ne veut rien dire, car nous sommes rivés au présent, enfermés en nous-mêmes -, mais radicalement honnête. Cette transparence vis-à-vis de soi implique à la fois la mise à distance la plus rigoureuse et l'investissement le plus total. La double nécessité de dire "je" et de fuir le ton emphatique que les circonstances pourraient justifier, le devoir de faire part de mes certitudes comme de mes doutes, de mes intuitions comme de mes renoncements, rendent, je l'espère, mon travail plus solide. "

  • "L'histoire n'est pas fiction, la sociologie n'est pas roman, l'anthropologie n'est pas exotisme, et toutes trois obéissent à des exigences de méthode. À l'intérieur de ce cadre, rien n'empêche le chercheur d'écrire. La littérarité des sciences sociales ne renvoie pas à une technique, mais à un choix : le chercheur est placé devant une possibilité d'écriture. Concilier sciences sociales et créativité littéraire, c'est tenter d'écrire de manière plus libre, plus originale, plus juste, plus réflexive, non pour relâcher la scientificité de la recherche, mais au contraire pour la renforcer.
    Réciproquement, une possibilité de connaissance s'offre à l'écrivain : la littérature est douée d'une aptitude historique, sociologique, anthropologique. Les écrits du réel - reportages, enquêtes, récits de vie, témoignages - forment une littérature ouverte sur le monde, traversée par des raisonnements, désireuse non seulement de représenter le réel, mais de le comprendre. Écrire pour dire du vrai.
    Comme l'histoire peut être une littérature contemporaine, la littérature a quelque chose d'une histoire contemporaine ; et l'on pourrait dire la même chose des autres sciences sociales. Il y a là des perspectives nouvelles pour le siècle qui s'ouvre."

  • Délinquant et homosexuel revendiqué, thuriféraire de toutes les figures du mal, haï par Mauriac et la droite, encensé par Sartre, Foucault et Derrida, le personnage de Genet a toujours fasciné. Ne disait-il pas lui-même qu'il voulait élever le vol, l'homosexualité et la trahison au rang de « vertus théologales » ? Aujourd'hui, le personnage de Genet est devenu un symbole de résistance contre l'injustice et l'oppression ; mais cette vision escamote totalement l'« autre Genet », un déclassé aigri et antisémite, fasciné par les crimes de la Milice, qui compare Auschwitz à une rose merveilleuse.
    Aujourd'hui, une nouvelle approche s'impose. Les Vérités inavouables de Jean Genet se propose de déconstruire l'interprétation bien-pensante de l'oeuvre de Genet, fondée sur deux mythes : celui du bâtard proscrit dès l'enfance par la société et celui du rebelle engagé à gauche contre l'ordre établi. Cette présentation de Genet en victime totale est orientée parce qu'incomplète : aucun biographe à ce jour n'a eu accès à son dossier personnel à l'Assistance publique.
    La première partie de l'ouvrage s'appuie sur ce dossier, source exceptionnellement riche et restée inédite à ce jour (lettres autographes de Genet, lettres de sa mère, rapports de gendarmerie, expertises psychiatriques).
    Ces archives contredisent toutes les biographies existantes : loin d'avoir été un enfant martyr relégué vers la délinquance, Genet a été choyé par ses nourriciers et l'Assistance publique a plutôt bien fait son travail. La découverte de ces documents et leur exploitation scientifique permettent de reconsidérer tout le parcours de Genet sans être tributaire, comme les autres biographes, de préjugés misérabilistes.
    Le deuxième mythe qui s'attache à Genet a trait à ses engagements politiques aux côtés des opprimés et des peuples en lutte. Cette vision n'est peut-être pas fausse pour le dernier Genet, mais elle occulte le fait qu'il a été fasciné par les nazis, la figure de Hitler et les camps d'extermination depuis les années 1940 jusqu'à sa mort. Cette adhésion ne procède pas seulement d'une provocation ou d'une empathie pour les vaincus de l'histoire : l'esthétique de Genet est très proche de celle, agonistique, néo-archaïque et amorale, du nazisme hitlérien. En outre, il partage de nombreux thèmes avec les écrivains fascistes français comme Drieu La Rochelle : le besoin de l'abjection, le plaisir de la trahison, l'érotisme des troupes nazies.
    Non seulement les accointances de Genet avec l'idéal hitlérien sont nombreuses, mais elles ont été systématiquement niées et euphémisées par ses amis après la Libération. Le soutien inconditionnel de Sartre a permis de dénazifier Genet aux yeux du monde et surtout de lui attribuer le monopole de l'exclusion et de l'opprobre légitimes, au moment où les collaborateurs menaçaient de prendre sa place dans l'exécration générale. La seule subversion que ses amis autorisent alors à Genet est la glorification d'un mal expurgé de toute référence nazie et centré sur l'éloge du vol et de l'homosexualité, un mal symboliquement lucratif et politiquement inoffensif. En 1966, la bataille des Paravents met aux prises Genet et les légionnaires français ; les critiques marxistes rendent hommage au héraut des peuples en lutte. En vingt ans, Genet est passé de la révolution nazie à la révolution prolétarienne.
    Fondée sur les travaux de Bourdieu, Ricoeur et Jauss, Les Vérités inavouables de Jean Genet est une tentative d'histoire-problème dans la tradition de l'école des Annales, mais rapportée au domaine de la littérature qu'elle a beaucoup négligé. Pour cette raison, Les Vérités inavouables de Jean Genet n'est pas seulement une biographie démystificatrice ; c'est aussi un essai d'histoire sur un grand écrivain français et la réception de son oeuvre, propre à éclairer non seulement sa vie et son univers littéraire, mais plus généralement l'histoire
    culturelle de la France au XXe siècle. En apportant un éclairage totalement nouveau sur la carrière et l'oeuvre de Genet, en révélant les allégeances nazies d'un homme marqué jusqu'ici à l'extrême gauche, en adoptant une démarche originale à cheval sur plusieurs disciplines, cet ouvrage souligne bien des vérités dérangeantes.

  • Les orphelins de saint Vincent de Paul, les pupilles de l'Assistance publique et les enfants de la DDASS incarnent le dénuement des petites victimes face à la dureté des hommes. Les figures du Petit Poucet et de Cosette, délaissés tout jeunes par leurs parents, peuplent notre imaginaire. Aujourd'hui, l'abandon d'enfants n'existe quasiment plus en France ; pourtant, au début du XIXe siècle, ce sont 30 000 nouveau-nés qui étaient recueillis chaque année par les hospices. Dans les villages où ils étaient placés, le quotidien des 'bâtards' était bien souvent marqué par le froid, la faim, la maladie et la honte. Renouant avec l'optimisme de la Révolution française, la Troisième République a eu la volonté de mettre un terme à cette situation ; mais l'égalité des chances est restée un mirage. Cette ambition manquée engage l'historien à ressusciter un univers de filles-mères, de meneurs, de nourrices, de gratte-papier, qui tous vivaient de la circulation des enfants sans famille, cette industrie à la fois humanitaire et cruelle. En faisant entendre les voix qui vibrent dans les archives, Ni père ni mère tente de comprendre l'expérience du vivre-sans-parents, où se mêlent sentiment d'humiliation, solitude et liberté.

  • Dans les années 1960 et 1970, la DDASS de la Réunion a transféré en métropole plusieurs centaines d'enfants abandonnés ou retirés à leurs parents. Ils étaient alors confiés à des familles ou à des institutions situées principalement dans le Massif central et le Sud-Ouest. Aucun voyage de retour n'était prévu. Ce transfert a été un échec : malgré quelques réussites individuelles, la grande majorité a souffert du déracinement, de la solitude, du racisme, du chômage.
    Quarante ans plus tard, des anciens pupilles ont intenté un procès retentissant à l'État, réclamant des centaines de milliers d'euros de dédommagement. Faut-il, comme eux, relier cet épisode aux pages les plus noires de l'histoire de France, l'esclavage et la déportation ? Ce transfert d'enfants incarnerait-il un néo-colonialisme qui n'ose pas dire son nom ?
    L'artisan de cette opération, Michel Debré, s'inquiétait de l'explosion démographique qui pesait sur l'île, mais il avait surtout l'ambition d'intégrer la Réunion à l'ensemble national et de transformer des petits créoles en Français comme les autres.
    C'est pourquoi il faut plutôt envisager cette inquiétante conclusion : la migration des pupilles réunionnais, avec la somme de souffrances qu'elle a engendrée, a été menée à bien parce qu'elle était conforme à l'idéal républicain.

  • Depuis la Révolution de 1789, la République s'est efforcée de transformer en Français, c'est-à -dire en citoyens et en paysans-soldats, les enfants trouvés, orphelins, jeunes délinquants, enfants issus des classes populaires, enfants métis nés dans les colonies, jeunes issus de l'immigration... Pour réaliser cette ambition d'égalité, l'état intégrateur use de contrainte et de violence. Les enfants sont encadrés, coupés de leur milieu d'origine et rééduqués à  la campagne. Fondée sur de multiples archives privées et institutionnelles, cette histoire des enfants mal nés révèle les apories de l'état républicain. C'est une histoire de la notion française d' « intégration », que l'on oppose à  celle de communautarisme, qui est ainsi mise au jour. Ivan Jablonka est maïtre de conférences à  l'université du Maine et au Collège de France, et rédacteur en chef de laviedesidees.fr. Ce livre clôt un cycle de travaux qui, à  partir de l'analyse des politiques de l'enfance et de la jeunesse, s'attache à  penser l'histoire de l'état et de l'intégration en France.

  • Notre société est obsédée par les jeunes de cité. Cette peur sociale va de pair avec une ambition politique : assimiler à la nation les mineurs « mal nés ». Enfants naturels sous la Révolution, jeunes délinquants au début du XIXe siècle, enfants abandonnés sous la Troisième République, jeunes de banlieue aujourd'hui, tous sont condamnés à une réhabilitation physique et morale susceptible d'effacer leurs origines imparfaites.Emblématique des idéaux républicains, cette utopie intégratrice est l'une des plus anciennes politiques publiques en France. Or le « modèle français d'intégration » se révèle plutôt un contre-modèle, non seulement parce qu'il échoue à insérer les jeunes dans la société, mais aussi et surtout parce qu'il postule l'inégalité des individus.Depuis les « bâtards » de l'an II jusqu'aux « racailles » des années 2000, l'État-nation démocratique s'est confronté à toutes les figures de l'altérité juvénile, qu'il a contribué à stigmatiser en voulant les sauver. C'est cette longue entreprise que retrace Ivan Jablonka, dans un ouvrage essentiel pour comprendre notre société actuelle.Ivan Jablonka est maître de conférences en histoire contemporaine à l'université du Maine, chercheur associé au Collège de France. Il a publié plusieurs livres sur l'enfance, la jeunesse et les politiques sociales, ainsi qu'une biographie familiale, Histoire des grands-parents que je n'ai pas eus (Seuil, 2012).

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