• Une jeune fille fait son entrée. La voici qui s'assoit derrière un objet oblong supportant une trentaine de bols de cristal enchâssés du plus large au plus petit. Elle mouille ses mains, puis se met à frotter les verres dans un ordre qu'elle est la seule, alors, à connaître. La friction délicatement rythmée crée une mélodie inouïe et saisissante.
    À la fin du XVIIIe siècle, l'« harmonica de verre » a suscité l'engouement de la bonne société européenne tout à la fois férue de musique et de curiosités mécaniques puis, quasiment avec une même passion, l'effroi. Fallait-il craindre ses effets sur les nerfs ? Aujourd'hui son nom même est oublié, de même que celui de sa première interprète Mary Ann Davies, longtemps accompagnée au chant par sa soeur, Cecilia. Celui qui mit au point l'instrument, en revanche, est demeuré célèbre puisqu'il n'est autre que Benjamin Franklin.
    Entremêlant les carrières heurtées des deux musiciennes avec l'itinéraire auréolé de gloire du savant et homme politique américain, Mélanie Traversier nous invite à parcourir les différents mondes de la musique au siècle des Lumières : les artistes et leurs publics, les entrepreneurs de spectacle, les facteurs d'instruments, les inventeurs, les réseaux savants et diplomatiques. En relevant leurs étrangetés qui bousculent le grand récit de la modernité, en questionnant le rôle des femmes dans l'histoire des inventions, elle met au jour une mécanique du succès qui ne fait pas seulement jouer les ressorts de l'émotion musicale, mais aussi ceux des sciences et des techniques, au temps où l'instrument de musique était conçu comme une machine à faire advenir l'innovation.

  • En 2012, Mélanie Traversier retrouve chez un collectionneur privé américain un manuscrit décrivant le voyage d'une reine en Italie de mai à septembre 1785. C'est la pièce manquante d'un document exceptionnel qu'elle étudie depuis huit ans, le journal que Marie-Caroline de Habsbourg-Lorraine, petite soeur de Marie-Antoinette et reine de Naples, a tenu de 1781 à 1785. Le Journal désormais complet est présenté ici dans une passionnante édition critique. S'imposant l'exercice quotidien de ses « écritures », s'exerçant avec liberté à cette langue française de l'aristocratie européenne, la reine offre un témoignage féminin écrit inédit sur la vie de cour d'une des capitales les plus brillantes de l'Italie des Lumières, dans ses années pré-révolutionnaires.

  • « La musique a-t-elle un genre? »: la question soulève encore souvent indifférence polie, sinon hilarité, voire mépris. Et pourtant! Comme la littérature et la peinture, la musique n'échappe pas aux catégorisations genrées et encore moins aux inégalités de genre qui relèguent dans l'ombre les femmes artistes.

    Ce volume examine sur la longue durée ce phénomène d'invisibilisation des musiciennes à l'oeuvre tant dans l'historiographie que dans l'imaginaire social, tant dans les discours que dans les pratiques de création et les programmations.

    Repérant les différentes voies de disqualification des talents féminins, les seize études réunies ici scrutent les indices de l'enfouissement des musiciennes dans les traités philosophiques et esthétiques, dans les manuels d'éducation, dans les témoignages du public, dans les récits de vie, comme dans les écrits savants et la critique musicale, y compris la plus récente.

    Surgissent ainsi autant de jalons pour débusquer et mieux déconstruire les stéréotypes de genre dans les écrits sur la musique et les pratiques musicales d'hier et d'aujourd'hui.

  • En croisant les méthodes et les objets de l'histoire urbaine et de la musicologie, ce volume s'attache à répondre à une double question : en quoi l'espace musical infléchit-il le développement de l'espace urbain, et, à rebours, en quoi les espaces urbaines, notamment politique et confessionnel, influent-ils sur l'espace musical ? plutôt que de proposer des analyses qui exploreraient de façon exhaustive l'histoire musicale d'une ville en particulier ou d'un lieu de représentation, ce livre propose une série de cas types, révélateurs des liens entre l'histoire d'une ville et celle d'un fait musical.
    Le développement de l'espace musical dans la ville en europe, depuis la réforme jusqu'à l'émergence des avant-gardes musicales à la fin du xixe siècle, s'est effectué selon des paradigmes communs à ceux des autres espaces urbains : local/national, sacré/profane, privé/public, etc. le choix du cadre européen permet d'appréhender l'histoire musicale européenne dans sa diversité et d'en dégager les éléments de convergence.

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