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Verdier
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Mahmoud ou la montée des eaux
Antoine Wauters
- Éditions Verdier
- Collection Jaune
- 26 Août 2021
- 9782378561123
Syrie.
Un vieil homme rame à bord d'une barque, seul au milieu d'une immense étendue d'eau. En dessous de lui, sa maison d'enfance, engloutie par le lac el-Assad, né de la construction du barrage de Tabqa, en 1973.
Fermant les yeux sur la guerre qui gronde, muni d'un masque et d'un tuba, il plonge - et c'est sa vie entière qu'il revoit, ses enfants au temps où ils n'étaient pas encore partis se battre, Sarah, sa femme folle amoureuse de poésie, la prison, son premier amour, sa soif de liberté. -
Le plus court chemin
Antoine Wauters
- Éditions Verdier
- Litterature Francaise
- 24 Août 2023
- 9782378561772
Que se passe-t-il lorsqu'un auteur, qui a beaucoup écrit sur l'enfance, remonte le fil d'argent de sa propre enfance ?
Le Plus Court Chemin est un hommage aux proches et la tentative de revisiter avec les mots ce vaste monde d'avant les mots : les êtres, les lieux, les sentiments et les sensations propres à cette époque sur le point de disparaître, les années d'avant la cassure, d'avant l'accélération générale qui suivra la chute du mur de Berlin.
Raconter l'existence dans les paysages infinis de la campagne wallonne, dire l'amour et le manque. Car écrire, c'est poursuivre un dialogue avec tout ce qui a cessé d'être visible. Par-delà la nostalgie. -
Paris 1931, l'Exposition Coloniale. Quelques jours avant l'inauguration officielle, empoisonnés ou victimes d'une nourriture inadaptée, tous les crocodiles du marigot meurent d'un coup.
Une solution est négociée par les organisateurs afin de remédier à la catastrophe. Le cirque Höffner de Francfort-sur-le-Main, qui souhaite renouveler l'intérêt du public allemand, veut bien prêter les siens, mais en échange d'autant de Canaques. Qu'à cela ne tienne !
Les « cannibales » seront expédiés.
Inspiré par ce fait authentique, le récit déroule l'intrigue sur fond du Paris des années trente - ses mentalités, l'univers étrange de l'Exposition - tout en mettant en perspective les révoltes qui devaient avoir lieu un demi-siècle plus tard en Nouvelle-Calédonie. -
«?L'accouplement est un cérémonial - s'il ne l'est pas c'est un travail de chien.?».
Au début des années soixante, un jeune homme est nommé instituteur dans un village du Périgord, le pays des grottes préhistoriques, entre Les Eyzies et Montignac.
Dense, tendu, plein de fulgurances et d'emportements le roman fait de cette terre l'espace à vif d'une quête amoureuse. Yvonne, la belle buraliste, porte en elle la brûlure du désir, tout le mystère de la différence des sexes - l'origine du monde. -
Au temps de ma colère
Camille de Toledo
- Éditions Verdier
- Littérature Française
- 21 Août 2025
- 9782378562571
Au temps de ma colère présente les deux âges d'une vie, en miroir, offrant une vue saisissante sur la fin du siècle dernier. D'un côté, il y a « l'enfant en colère » qui a vingt-cinq ans au début des années deux mille et s'apprête à publier son premier livre, un essai sur la chute du mur de Berlin et les récits qui s'imposaient alors. De l'autre, le narrateur qui, des années plus tard, revient sur la rage de ce gamin qu'il cherche à mieux comprendre : de quoi était-il conscient, qu'est-ce qu'il ignorait, et que voulait-il cacher ?
Au-delà des haines et des ressentiments, par-delà la colère, ce récit est celui d'une réconciliation, qui donne ultimement une clef de compréhension d'un parcours noué à l'Histoire jusque dans l'intime : derrière la mère de pouvoir, l'existence d'une autre mère est révélée, une « mère-maison » à laquelle l'ouvrage rend un bouleversant hommage.
Après Thésée, sa vie nouvelle, Camille de Toledo, entre documentaire et fiction, texte et images, poursuit sa quête d'une autre vision du passé, du présent et de l'avenir. -
"Car un laque décoré à la poudre d'or n'est pas fait pour être embrassé d'un seul coup d'oeil dans un endroit illuminé, mais pour être deviné dans un lieu obscur, dans une lueur diffuse qui, par instants, en révèle l'un ou l'autre détail, de telle sorte que, la majeure partie de son décor somptueux constamment caché dans l'ombre, il suscite des résonances inexprimables.
De plus, la brillance de sa surface étincelante reflète, quand il est placé dans un lieu obscur, l'agitation de la flamme du luminaire, décelant ainsi le moindre courant d'air qui traverse de temps à autre la pièce la plus calme, et discrètement incite l'homme à la rêverie. N'étaient les objets de laque dans l'espace ombreux, ce monde de rêve à l'incertaine clarté que sécrètent chandelles ou lampes à huile, ce battement du pouls de la nuit que sont les clignotements de la flamme, perdraient à coup sûr une bonne part de leur fascination.
Ainsi que de minces filets d'eau courant sur les nattes pour se rassembler en nappes stagnantes, les rayons de lumière sont captés, l'un ici, l'autre là, puis se propagent ténus, incertains et scintillants, tissant sur la trame de la nuit comme un damas fait de ces dessins à la poudre d'or." Publié pour la première fois en 1978 dans l'admirable traduction de René Sieffert, ce livre culte est une réflexion sur la conception japonaise du beau.
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Ce livre parle d'aujourd'hui, de nos asphyxies et de nos grands besoins d'air. Parce qu'une atmosphère assez irrespirable est en train de devenir notre milieu ordinaire.
Et l'on rêve plus que jamais de respirer : détoxiquer les sols, les ciels, les relations, le quotidien, souffler, respirer tout court.
Peut-être d'ailleurs qu'on ne parle que pour respirer, pour que ce soit respirable ou que ça le devienne. Il suffit de prononcer ce mot, « respirer », et déjà le dehors accourt, attiré, aspiré, espéré à l'appel de la langue. -
Fossiles
Laurence Potte-Bonneville
- Éditions Verdier
- Littérature Française
- 8 Janvier 2026
- 9782378562786
Voilà donc comment ça commence : dans la nuit de dimanche à lundi, un orage d'une rare violence a foudroyé le grand épicéa qui s'est abattu sur le toit de la maison, berceau de tant de souvenirs d'enfance, où Marie-Pierre se rend toutes affaires cessantes.
Sous la blessure du toit qui bée, la charpente menace de s'effondrer. Il va falloir déménager la phénoménale collection de fossiles de son père. Qu'est-ce qu'elle va bien pouvoir en faire ?
Dans le désarroi le plus complet, Marie-Pierre attend le passage de l'expert, empêtrée dans son indécision, tandis que l'observent du coin de l'oeil un chien couleur de rien surgi de nulle part et un apprenti charpentier fasciné par les vieilles poutres et par tous ces fossiles endormis dans leurs casiers. C'est juillet dans les Alpes et le Tour de France devrait traverser dans quelques jours ce village qui a décidément bien changé, avec son plan local d'urbanisme et sa boulangerie flambant neuve.
En tentant de classer les fossiles, Marie-Pierre découvre un petit pendentif en forme d'agneau, avec une étiquette soigneusement calligraphiée par son père : « Don de Grebon ». Grebon, cette clocharde de village qui déambulait sous son chapeau crasseux pour grappiller des framboises et chaparder des oeufs, faisait peur aux gamins et parlait à son chien que personne ne vit jamais. Marie-Pierre se souvient. Marie-Pierre rêve. Dans la grange, des ombres passent.
Entrelaçant les époques et les destins, le roman nous entraîne dans ses dénivelés, sur les traces de ces femmes, pas très solides, pas très puissantes, bergères ou vagabondes, qui disparaissent sans témoin. Il se déploie par-dessus les vallées pour nous ramener au désert de Platé, puisque c'est là que cette histoire commence, sur l'immense lapiaz calcaire créé par la dissolution des carbonates, là, au milieu des fleurs d'altitude, où rôdent les chiens, les souvenirs et les fantômes. On cherchera dans leur sillage les traces de ce qui subsiste quand tout s'est effacé, puisque l'écriture, somme toute, est aussi une géologie. -
La petite lumière
Antonio Moresco
- Éditions Verdier
- Littérature Italienne
- 18 Septembre 2014
- 9782864327691
« Je suis venu ici pour disparaître, dans ce hameau abandonné et désert dont je suis le seul habitant» : ainsi commence La Petite Lumière. C'est le récit d'un isolement, d'un dégagement mais aussi d'une immersion. Le lecteur, pris dans l'imminence d'une tempête annoncée mais qui tarde à venir, reste suspendu comme par enchantement parmi les éléments déchaînés du paysage qui s'offrent comme le symptôme des maux les plus déchirants de notre monde au moment de sa disparition possible.
L'espace fait signe par cette petite lumière que le narrateur perçoit tous les soirs et dont il décide d'aller chercher la source. Il part en quête de cette lueur et trouve, au terme d'un voyage dans une forêt animée, une petite maison où vit un enfant. Il parvient à établir un dialogue avec lui et une relation s'ébauche dans la correspondance parfaite des deux personnages. Cette correspondance offre au narrateur l'occasion d'un finale inattendu.
La petite lumière sera comme une luciole pour les lecteurs qui croient encore que la littérature est une entreprise dont la portée se mesure dans ses effets sur l'existence.
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Une mère nous parle de ses deux filles, qu'elle voit amples comme des villes en expansion. La première est déjà là quand le récit commence, la seconde naîtra bientôt, après la perte d'un autre enfant lors d'une fausse couche. Ici, la temporalité de la maternité domine : celle de grossesses compliquées, d'hôpitaux et de services des urgences, la temporalité d'un corps qui produit, parfois sans qu'on le veuille, la temporalité de la naissance, celle des soins, ou des désirs trop souvent empêchés.
Mais d'autres réalités existent aussi, se faufilent et tentent de prendre leur place : un manuscrit qui intéresse un éditeur, des confinements, qui ne changent pas grand-chose lorsqu'on doit rester alitée, la catastrophe environnementale qui se déploie, gigantesque, et fait songer à la fin du monde que l'humanité a cru vivre en 1815 quand l'éruption du volcan Tambora plongea une partie de la Terre dans le froid et l'obscurité.
Hélène Laurain écrit avec cela, et écrit tout cela, avec crudité parfois. Son livre conjugue récit, réflexions et poésie, et nous emmène à la rencontre d'un monde incertain. -
Une histoire du vertige
Camille de Toledo
- Éditions Verdier
- Litterature Francaise
- 12 Janvier 2023
- 9782378561574
« Écoute, le sol se dérobe, les mots dérapent ; partout, nos appuis s'érodent. Nous vivons «au-dessus» du monde, dans des bulles d'histoires ; ce que nous voyons, au loin, depuis cette hauteur, c'est une Terre abîmée, épuisée. Nous entrons dans un temps vertigineux. Et moi, figure-toi, avec les livres qui m'ont accompagné, j'ai voulu saisir les formes de ce vertige. Comprendre cette guerre, ce combat, et cette blessure, entre les langages humains et les autres formes de la vie. ».
Une histoire du vertige, à sa façon unique, est un livre d'aventures. Il s'ouvre sur la cavale de Don Quichotte : cet être envoûté par la fiction, et qui nous ressemble tant. Et à partir de là, il tourne inlassablement autour d'une espèce : la nôtre, en se demandant comment nous détruisons nos appuis terrestres ? Fresque du temps présent, de nos vertiges face à la crise écologique et aux épreuves de la guerre, le livre s'adresse à un lecteur imaginaire : un ami, un frère ou une soeur, un compagnon. Il parle de nous, de notre perte d'équilibre, de notre sentiment que plus rien ne tient, que tout s'effondre ; mais en nous apprenant, petit à petit, à tenir dans le vertige. En nous reliant à un monde infini, beaucoup plus vaste, où les petits « Je » des modernes s'effacent. -
Les voilà, encore une fois : Billaud, Carnot, Prieur, Prieur, Couthon, Robespierre, Collot, Barère, Lindet, Saint-Just, Saint-André.
Nous connaissons tous le célèbre tableau des Onze où est représenté le Comité de salut public qui, en 1794, instaura le gouvernement révolutionnaire de l'an II et la politique dite de Terreur.
Mais qui fut le commanditaire de cette oeuvre ?
À quelles conditions et à quelles fins fut-elle peinte par François-Élie Corentin, le Tiepolo de la Terreur ?
Mêlant fiction et histoire, Michon fait apparaître avec la puissance d'évocation qu'on lui connaît, les personnages de cette « cène révolutionnaire », selon l'expression de Michelet qui, à son tour, devient ici l'un des protagonistes du drame.
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« Pourquoi est-ce que je finis toujours par trouver un travail, me disais-je, pourquoi est-ce qu'on ne me laisse pas tranquillement aller à la dérive ? Devenir clochard. C'était une des possibilités que j'envisageais. Que j'envisage encore. Mais je n'en ai pas le courage. Je me souviens de mon père, le policier Arturo, avec son uniforme toujours impeccable ; et de mon grand-père et de la dignité avec laquelle il portait ses habits de fête. Des absurdités qui ne me quittent jamais. L'origine est un habit avec lequel on n'en finit jamais. »
Works ? Le travail comme condamnation et perdition, le travail qui s'inscrit dans l'âme et dans le corps : le travail comme ce qui fait et qui défait la vie. Dans un style aussi original qu'un classique de jazz, fait de précision hallucinée, de liberté de ton et de profondeur sans cynisme, Vitaliano Trevisan raconte le travail dans ce lieu où il est une religion : le Nord-Est italien, des années 1970 aux années 1990. C'est qu'il aura fait mille genres de travail, tant de jobs, tant de works.
À travers le prisme de la vie au travail, Trevisan explore non seulement les mutations de l'Italie, ses modernisations mensongères (celles dont Berlusconi fut à la fois l'effet et la cause), mais aussi sa propre vie?: l'échec de l'amour, les mécanismes de pouvoir à l'oeuvre dans toute relation, l'histoire de sa propre famille et de toutes les familles, qui est toujours une « histoire d'argent ».
Cette édition se clôt par « Là où tout a commencé », texte écrit par l'auteur en 2021, considéré comme son testament littéraire. -
Dans ce récit écrit sans artifices, tönle, berger du plateau d'asiago, à la frontière du royaume d'italie et de l'empire austro-hongrois, doit, pour survivre et nourrir sa famille, se faire contrebandier, soldat, mineur en styrie, colporteur d'estampes jusqu'aux carpates, jardinier à prague, gardien de chevaux en hongrie.
Mais pour ce solitaire anarchisant, le monde finit avec la première guerre mondiale, quand le plateau se transforme en un champ de bataille où il erre obstinément en compagnie de ses moutons. c'est avec eux qu'il repassera la frontière, prisonnier civil sur ces terres où il fut libre. il mourra au pied du plateau.
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Les Récits de Varlam Chalamov, réunis pour la première fois en français, retracent l'expérience de Varlam Chalamov dans les camps du Goulag où se sont écoulées dix-sept années de sa vie.
Fragments qui doivent se lire comme les chapitres d'une oeuvre unique, un tableau de la Kolyma, ces récits dessinent une construction complexe, qui s'élabore à travers six recueils. Chaque texte s'ouvre sur une scène du camp. Il n'y a jamais de préambule, jamais d'explication. Le lecteur pénètre de plain-pied dans cet univers. Les premiers recueils, écrits peu après la libération, portent en eux toute la charge du vécu. À mesure que le narrateur s'éloigne de l'expérience, le travail de la mémoire se porte aussi sur la possibilité ou l'impossibilité de raconter le camp. Certains thèmes sont alors repris et transformés. La circulation des mêmes motifs entre différents récits, différentes périodes, constitue à elle seule un élément capital pour le décryptage de la réalité du camp ; on y retrouve la grande préoccupation de Chalamov : comment traduire dans la langue des hommes libres une expérience vécue dans une langue de détenu, de « crevard », composée de vingt vocables à peine ?
Les récits s'agencent selon une esthétique moderne, celle du fragment, tout en remontant aux sources archaïques du texte, au mythe primitif de la mort provisoire, du séjour au tombeau et de la renaissance. On y apprend que le texte est avant tout matière : il est corps, pain, sépulture. C'est un texte agissant. À l'inverse, la matière du camp, les objets, la nature, le corps des détenus, sont en eux-mêmes un texte, car le réel s'inscrit en eux. Le camp aura servi à l'écrivain de laboratoire pour capter la langue des choses.
Le camp, dit Chalamov, est une école négative de la vie. Aucun homme ne devrait voir ce qui s'y passe, ni même le savoir. Il s'agit en fait d'une connaissance essentielle, une connaissance de l'être, de l'état ultime de l'homme, mais acquise à un prix trop élevé.
C'est aussi un savoir que l'art, désormais, ne saurait éluder.
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Il y a d'un côté le colosse unijambiste et alcoo- lique, et tout ce qui va avec : violence conju- gale, comportement irrationnel, tragi-comédie du quotidien, un « gros déglingo », dit sa fille, un vrai punk avant l'heure. Il y a de l'autre le lecteur autodidacte de spiritualité orientale, à la sensibilité artistique empêchée, déposant chaque soir un tendre baiser sur le portrait pixellisé de feue son épouse ; mon père, dit sa fille, qu'elle seule semble voir sous les appa- rences du premier. Il y a enfin une maison, à Carrières-sous-Poissy et un monde ancienne- ment rural et ouvrier.
De cette maison, il va bien falloir faire quelque chose à la mort de ce père Janus, colosse fragile à double face. Capharnaüm invraisemblable, caverne d'Ali-Baba, la maison délabrée devient un réseau infini de signes et de souvenirs pour sa fille qui décide de trier méthodiquement ses affaires. Que disent d'un père ces recueils de haïkus, auxquels des feuilles d'érable ou de papier hygiénique font office de marque-page ?
Même elle, sa fille, la narratrice, peine à déceler une cohérence dans ce chaos. Et puis, un jour, comme venue du passé, et parlant d'outre- tombe, une lettre arrive, qui dit toute la vérité sur ce père aimé auquel, malgré la distance sociale, sa fille ressemble tant.
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Au commencement, les « marches » de Kandinsky plongent dans les eaux sombres d'un bref séjour d'enfance à Venise, dans le noir de l'inconscient de la peinture. À la toute fin, elles s'élancent vers la vie immatérielle, s'élevant vers la joie d'un art spirituel, absolu. Entre-temps, d'autres escaliers mènent à l'éblouissement rouge des toits de Bavière, la peinture prend vie et court sur la palette, le crépuscule dépose son glacis sur une toile renversée et invente l'abstraction, le souvenir de Moscou brûle de mille feux.
À la fois plaidoyer pour l'abstraction, récit éclaté d'une vie de peintre éternellement en exil, découverte émerveillée de la puissance de l'art, ce texte autobiographique est écrit dans une prose étincelante, qui fait appel aux sensations et aux impressions les plus primitives.
Kandinsky le publia d'abord en allemand en 1913, puis en russe, sa langue maternelle, en 1918. C'est de cette dernière version que nous proposons ici une traduction inédite, suivie d'une postface qui en donne une lecture rapprochée. -
Thésée, sa vie nouvelle
Camille de Toledo
- Éditions Verdier
- Littérature Française
- 20 Août 2020
- 9782378560775
En 2012, Thésée quitte « la ville de l'Ouest » et part vers une vie nouvelle pour fuir le souvenir des siens. Il emporte trois cartons d'archives, laisse tout en vrac et s'embarque dans le dernier train de nuit vers l'est avec ses enfants. Il va, croit-il, vers la lumière, vers une réinvention. Mais très vite, le passé le rattrape. Thésée s'obstine. Il refuse, en moderne, l'enquête à laquelle son corps le contraint, jusqu'à finalement rouvrir « les fenêtres du temps »...
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"Voilà longtemps que rien n'est venu s'opposer véritablement à l'ordre des choses.
Même, presque tous ceux qui prétendaient mener une critique sociale ne se sont nullement rendu compte de l'anachronisme de leurs armes. C'est pourquoi il n'est peut- être pas tout à fait inutile de revenir à cet appel d'air, à travers lequel, cherchant à ce que le vent se lève, j'avais misé moins sur la poésie proprement dite que sur l'insurrection lyrique qui en est à l'origine et réussit parfois à embraser tout le paysage.
Ce qui n'est pas sans danger. S'il est alors possible de voir s'illuminer des pans de réalité insoupçonnée, il n'est pas d'édifice théorique qui n'en soit implicitement menacé, chacun ne tenant dans cette lumière que par l'intensité de ce que ses fenêtres laissent voir ou non. Tel est aujourd'hui le risque à courir pour que le regard commence à porter au loin." -
" je voudrais faire des portraits qui un siècle plus tard aux gens d'alors apparussent comme des apparitions " écrivait van gogh il y a justement un siècle.
Ces portraits, on peut douter qu'ils apparaissent aujourd'hui : comble de la valeur marchande, ils sont aussi peu visibles que les effigies des billets de banque. c'est que van gogh, qui accessoirement était peintre aussi, est une affaire en or. dans cette affaire, il est bien au-delà de son oeuvre maintenant, nulle part. j'ai voulu le voir en deçà de l'oeuvre ; par les yeux de quelqu'un qui ignore ce qu'est une oeuvre, si ce phénomène était encore possible à la fin du siècle dernier ; quelqu'un qui vivait dans un temps et dans un milieu où la mode n'était pas encore que tout le monde comprît la bonne peinture : ce facteur roulin qui fut l'ami d'un hollandais pauvre, peintre accessoirement, en arles en 1888.
Et bien sûr je n'y suis pas parvenu. le mythe est beaucoup plus fort, il absorbe toute tentative de s'en distraire, l'attire dans son orbite et s'en nourrit, ajoutant quelques sous au capital de cette affaire en or, sempiternellement. cet échec est peut-être réconfortant : il me permet de penser que le facteur roulin se tient nécessairement devant qui l'évoque à la façon d'une apparition, comme le voulait celui qui le fit exister.
P. m. -
« Longtemps l'arabe s'allie pour moi à l'amer. Je l'ai rejeté de tout mon corps et il me revient par vagues. Je ne l'ai jamais vraiment perdu et j'ai du mal à penser qu'on puisse perdre une langue. Je vis dans la langue de mes parents comme elle vit en moi. »
Cette « langue-chimère » avec laquelle la narratrice essaie de renouer, c'est le darija, l'arabe marocain. Séparée de ses parents, par une mer et un empêchement existentiel, elle trouve des subterfuges : elle traîne dans les taxiphones parisiens pour l'entendre, y prête attention dans la rue ou les transports en commun, prend des cours à l'Institut du monde arabe, et surtout, forme un tandem linguistique, par écrans interposés, avec Mer, qui vit au Maroc.
De Paris au Havre, de Casablanca à Toronto, des fils affectifs et culturels se tissent, se défont puis se refont. Les taxiphones bruissent de ces histoires qu'on se raconte à distance. -
1985. À quinze ans, le narrateur travaille dans une librairie du Touquet. Il doit cet emploi à François, un ami de la famille, mais aussi au phénomène qui le possède tout entier, un mélange de maturité et d'idéalisme encore vif. Si les journées sont consacrées aux livres, les soirées et les nuits sont celles d'un adolescent en prise avec ses désirs d'amour et d'amitié. Ce sont des vacances aussi, les premières, pour explorer la danse, la liberté des corps dans les dunes, les discussions jusqu'à l'aube.
Deux figures se dégagent : Elvire et sa liberté de fille émancipée et Loïc, l'ami rêvé, vendeur de glaces sur la plage. Tout au long du roman, un flux de conscience abolit le temps, faisant remonter l'enfant à la surface et précipitant l'adulte vers des choix qui l'engageront plus tard. Fidèles et vigilants, les chiens Argos et Keleb veillent sur lui.
Après l'été vient le moment de la rentrée. Une installation chez des grands-parents dans une maison pleine de souvenirs puis le retour au Touquet à la Toussaint pour vider la librairie mettront un point final aux questions restées sans réponse. Une vie en quatre mois, dilatée dans l'écriture de l'intime et de l'introspection narrative. -
Vers les îles Éparses
Olivier Rolin
- Éditions Verdier
- Littérature Française
- 9 Janvier 2025
- 9782378562335
Naviguant vers les îles Éparses du canal du Mozambique, je fais deux voyages en un seul. L'un me mène vers l'éblouissement d'une nature presque vierge : poissons aux couleurs et dessins extravagants, tortues marines, crustacés chamarrés et biscornus, grands papillons migrateurs, vols stridents de milliers d'oiseaux... profusion inouïe, fantasmagorie de formes baignées dans les « bleuités, délires » qu'évoque le poème le plus connu de Rimbaud. Intérieur et ironique, moins exaltant, l'autre voyage est presque le contraire du premier : passager insolite à bord d'un bateau dont les marins ont l'âge parfois d'être mes petits-enfants, ce n'est pas seulement vers les îles que je navigue, mais vers l'état fragile et un peu ridicule de vieux. Habitué à mon apparence, je ne me suis pas vu me transformer en cet être de papier mâché en qui les autres identifient immédiatement un semi-vivant. L'océan Indien sera pour moi la mer de la Sénilité... Parfois cela m'amuse, pas toujours - j'espère en tout cas en faire sourire le lecteur.
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Dans un pays du Proche-Orient, un enfant et sa mère occupent une maison jaune juchée sur une colline. La guerre vient d'emporter le père. Mère et fils voudraient se blottir l'un contre l'autre, s'aimer et se le dire, mais tandis que l'une arpente la terrasse en ressassant ses souvenirs, l'autre, dans le grenier où elle a cru opportun de le cacher, se plonge dans des rêveries, des jeux et des divagations que lui permet seule la complicité amicale des mots.
Soudain la guerre reprend. Commence alors pour Jean une nouvelle vie, dans un pays d'Europe où une autre mère l'attend, Sophie, convaincue de trouver en lui l'être de lumière qu'elle pourra choyer et qui l'aidera, pense-t-elle, à vaincre en retour ses propres fantômes.
Ce texte, cruel et tendre à la fois, est avant tout le formidable cri d'un enfant qui, à l'étouffement et au renoncement qui le menacent, oppose une affirmation farouche et secrète de la vie. C'est ce dur apprentissage, fait d'intuition et de solitude, qui lui ouvrira plus tard des perspectives insoupçonnées.