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Hommage de Gil Jouanard à Frédéric-Jacques TEMPLE

Il n’est, hélas, pas rare, quand on a soi-même franchi la ligne de démarcation de sa quatre-vingtième année d’existence, que l’on voie successivement disparaître nombre de ceux qui furent, pendant trente, quarante ou cinquante ans, nos « compagnons de route ». C’est ainsi que j’ai vu nous quitter à jamais, dans l’ordre de sortie de scène, Alain Frugier, qui n’avait que trente-sept ans alors, André Ravaute, Jean Tortel, si proches, Claude Mettra, Jacques Lacarrière, qui m’étaient comme deux frères, René Char, qui fut mon « mentor », Ludovic Janvier, encore un frère, Salah Stétié, et maintenant, coup sur coup, Gilles Lapouge et Frédéric Jacques Temple. Et je passe sur Jacques Meunier, sur Claude Estéban, qui furent un peu moins proches, mais amis fidèles.
Mais je reviens à Frédéric Jacques, qui vient juste de rejoindre sa faramineuse mémoire, hier. Lui, je l’avais invité à venir lire en public à la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon, en 1976, puis je ne cessai de le rencontrer, à Rodez, à Montpellier, à Sommières avec Lawrence Durrell, et de l’inviter de nouveau à Athènes et à Thessalonique, à Dublin, à Heidelberg et à Francfort, à La Nouvelle Orléans, à Montréal.
Au Parthénon, assis sur une vieille marche conduisant au vénérable monument, il déclama en grec ancien plusieurs vers des « Perses », devant des touristes sidérés ; à Dublin, il me fit découvrir le pub « Mulligan », près du Bayou Laffite, il battit Jacques Roubaud dans la quantité d’écrevisses absorbées. Auparavant, je l’avais vu, à Rodez, battre le record du monde d’engloutissement de tripoux. Et bien souvent, attablés, ici, devant une stout ou devant un Paddy (qu’il préférait au Bushmills), là devant un ouzo ou une tequilla, il me redisait comment il avait participé avec les goumiers du général Juin, à la bataille de Monte Cassino.
Sans s’extérioriser outre-mesure, en bon Languedocien, il était un modèle de fidélité. Depuis l’Outre-tombe où il repose sans doute toujours placide et puissant, il continue de nous adresser des signes d’affection et de reconnaissance.
Salut à toi, Frédéric Jacques ! Ta voix continue de résonner en haut du Parthénon et de murmurer chez Mulligan !

Pourquoi les petits livres ?
Parce qu'ils sont l'équivalent d'une promenade au lieu d'une randonnée, d'un en-cas, d'un apéritif léger. S'ils étaient un genre de chien, ils seraient chien de pêche et non chien de chasse.
Parce qu'il sont curieux, inclassables, très souvent insolites, parfois drôles, aucune catégorie n'est à leur disposition. Ils sont souvent perdus dans les rayons, à la verticale, où on ne les voit plus guère. C'est pour cela qu'il faut leur donner un coup de pouce, car ils en disent parfois beaucoup plus long que de lourds pensums. 
Les petits livres ne sont pas des moins-que-rien ; ils procurent de menus plaisirs : de les lire, de les dénicher, de les collectionner, de les offrir. 

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